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lundi 23 décembre 2019

Mon "top 10" de 2019



Ça y est, c'est l'heure du bilan. Le dernier souffle de 2019 approche, le chiffre des dizaines va bientôt changer, et un top 10 (ou 20, ou 50, ou 200) des albums de l'année est un rendez-vous presque immanquable, à un tel point que je l'ai raté lors des dix dernières années, à une ou deux exceptions près dont je ne me rappelle déjà plus. Allez, tant pis, en 2019, on fait les choses comme il faut. Vous remarquerez cependant deux ou trois petites choses.


Primo, j'ai refusé d'en faire un top, parce que toute tentative d'imposer un ordre aurait été un avènement de plus du règne de l'arbitraire. À la place, mes dix sélections sont rangées par ordre chronologique de sortie, pas de jaloux.

Deuzio, y a un peu plus, je laisse ? Je vous ai rajouté dix autres albums, qui n'ont pas atteint mon top 10, mais qui mériteraient quand même.

Troizio, vous ne remarquerez pas qu'il manque une petite section "Albums moisis de l'année". J'ai été fortement déçu ou ennuyé par des albums que d'aucuns ne manqueront pas de me lancer au visage, genre "comment as-tu pu oublier le dernier Tool ?", "je croyais que tu étais un fan de Devin Townsend", "le nouveau Batushka est pas si mal, non ?", ou "j'aime bien le dernier Slipknot". Réponses respectives : c'est volontaire, plus maintenant, berk, grand bien t'en fasse. Les goûts et les couleurs, mes chers. (Sauf pour le nouveau Batushka qui est objectivement de la merde, bien sûr.)

Quatro, je conclus avec un pronostic sur l'album de 2020. Comme ça, pour le plaisir.

Allez, on se lance. Une track à l'écoute par album pour les 10 premiers, et des liens vers les 10 suivants. Joyeux Noël.

Albums de 2019

 

13/03 : The Caretaker « Everywhere at the End of Time »



Okay, je triche un peu, vu que seule la sixième et dernière partie de cet opus est sortie en 2019. Mais comment ne pas parler ici de ma claque musicale de l’année ? Officiant dans un style qualifié d’hantologique, The Caretaker plonge dans la démence clinique lors d’une descente de plus de six heures vers les affres de l’Oubli. À grand renfort de boucles étouffantes et de distorsions sonores de plus en plus marquées, ce projet dantesque décrit sans un mot la dégénérescence inéluctable des souvenirs, de la pensée, de la conscience elle-même, jusqu’à un final que d’aucuns qualifient de Lynchien. Une expérience unique, littéralement.

29/03 : SUP « Dissymmetry »


Très honnêtement, je n’attendais plus grand-chose de SUP/Supuration depuis « Cu3e », qui sonnait à mes oreilles comme pas plus qu’une nouvelle itération d’un algorithme déjà rodé. Homme de peu de fois que j’étais ! Nos ch’tis préférés sont de retour, onze ans après le splendide Hegemony, avec un album qui s’élève au-dessus de tout qualificatif. Leur metal avant-gardiste, sorte de death-metal lent et clinique, insuffle une sorte de beauté claustrophobique qui frôle la Poésie, notamment via des influences proches du rock gothique qui s’intègrent à la perfection au son, définitivement unique en son genre, du groupe. Si, comme moi, vous êtes dubitatif à la première écoute, laissez à Dissymmetry une seconde, troisième, quatrième chance : moins accessible qu’un Imago, il mérite néanmoins, sans doute plus encore que ce dernier, qu’on lui laisse de temps de faire sa marque.

04/04: The Mercury Tree « Spidermilk »



Amateurs de musiques hors-norme, bonjour : depuis l’intégration à leurs rangs d’Igliashon Jones, aka Cryptic Ruse, The Mercury Tree se lance dans le microtonal, c’est-à-dire la subdivision de l’octave en plus de 12 intervalles. Après leur EP commun Cryptic Tree l’an dernier, c’est un album entier à 17 notes par octave qui nous a été offert au printemps : du math-rock aux tonalités rares (mais non inédites pour autant, ne vous méprenez pas !), aux relents presque psychédéliques à force de se jouer de nos attentes de pauvres Pythagoriciens, et qui n’écrase pas les émotions à grands coups de réflexions techniques obscures.

07/06: Jambinai « Onda »



Ce quintette séoulien, à côté duquel j’étais passé jusqu’ici, a clairement été ma claque de 2019. J’aurai du mal à leur faire justice par une simple description de leur style musical à part, sorte de mélange de post-rock et de musique traditionnelle coréenne, teinté d’un peu de metal et de noise-rock pour faire bonne figure. Il me serait également difficile de décrire l’épiphanie qui m’a retourné la tronche à chacune des dix premières écoutes de l’album… Jambinai, c’est juste Beau, avec la majuscule de rigueur. Allez écouter Onda : vous ne risquez rien, mais vous avez tout à gagner.

21/06: DJ Hidden « The Nightmare Connector »



Grand amoureux du duo crossbreed (hardcore teinté de drum’n’bass et breakbeat) The Outside Agency depuis leur somptueux album The Dogs are Listening sur feu le non moins somptueux label Ad Noiseam, je n’ai pas pu m’empêcher de sauter sur le nouveau LP de DJ Hidden, un des deux membres dudit duo, son premier depuis longtemps. Tout fanboyisme mis à part, force est de constater que The Nightmare Connector est une nouvelle pépite dans le genre du breakbeat qui n'a pas peur de travailler au core (jeu de mots, t'as compris ?). Une efficacité redoutable, couplée à un travail sur les ambiances qui tient de l'orfèvrerie : impressionnant, tout simplement.

12/07: Freighter « The Den »



Grosse découverte de l’année dans la catégorie « mathcore ». Pourquoi les guillemets ? Parce que notre cargo (c'est la traduction littérale de Freighter) de la baie de San Francisco, bien qu’intégrant des influences mathcore plus que marquées, parvient à obtenir un rendu blindé d’une énergie rock/punk qui n’est pas sans rappeler, dans le principe (mais pas dans l’application), certains morceaux du Dillinger de Miss Machine et Ire Works. Chaque minute amène son lot de surprises, de rythmiques improbables, d’intros inattendues, de fantaisies vocales, et j’en oublie, et on ressort de leur antre avec une pêche de tous les dieux.

27/09 : Car Bomb « Mordial »



Après avoir essayé de faire tenir debout tout un tas de métaphores plus ou moins oiseuses, je me permets d’aller plus droit au but : le dernier Car Bomb est une tuerie absolue. Très peu de groupes peuvent se vanter d’avoir « réinventé le mathcore », et le quatuor ricain est de ceux-là. Mêlant les casse-têtes les plus extrêmes du genre (dysrythmies et changements de tempos, sonorités improbables — jusqu’aux sons de pistolet laser hérités de Psyopus…), une énergie proche du hardcore de Converge et un sens aigu de la mélodie aux reflets de Deftones, Car Bomb s’élève avec Mordial au-dessus de toute classification.

11/10 : Emptyset « Blossoms »



En électronique comme ailleurs, il faut qu’une musique m’intrigue, me surprenne ou me décoiffe pour me marquer. Je pense qu’Emptyset coche toutes les cases… J’ai appris sur le tard qu’il avait été construit grâce à des algorithmes d’apprentissage, entraînés sur des données mêlant sons électroniques et organiques. Cela ne change rien au psychédélisme étrange de cet objet d’avant-garde, qui pousse les expérimentations bruitistico-spatiales des albums les plus délicieusement inaudibles d’Autechre ou de feu Qebrus dans leurs derniers retranchements. Alors oui, pour beaucoup, c’est du bruit. Mais c’est du bruit en quatre dimensions, compacté pour les besoins de la stéréo, mais dont l’aspect insondable, aux confins du mystique, ne s’atténue pas au cours des écoutes.

22/11: Hypno5e « A Distant (Dark) Source »



Depuis Acid Mist Tomorrow (ce qui inclut aisément l’album éponyme de leur side-project acoustique A Backward Glance On A Travel Road), les Français d’Hypno5e me collent immanquablement la chiale. Ce dernier album n’a pas dérogé à cette règle, loin de là : leur post-metal progressif « cinématique », au style reconnaissable entre mille (et pas seulement grâce aux multiples extraits sonores francophones qui l’émaillent), est toujours plus mouvant, à la fois musicalement et émotionnellement. Et malgré tout, Hypno5e est toujours terriblement méconnu, plus encore à l’international que sur leurs terres… Drôle de monde.

29/11 : Bersarin Quartett « Methoden Und Maschinen »



Les trois premiers albums de Bersarin Quartett sont des valeurs sûres pour tout amateur de douce mélancolie. S’appuyant sur des sonorités néo-classique et électro-ambiant colorées d’influences jazz, le quartette à géométrie variable trouve ce point d’équilibre entre simplicité apparente et densité des constructions qui transforme chacun de ses morceaux en un poème musical, vibrant et chaleureux. Le début de ce quatrième opus en est d’autant plus surprenant, mais après quelques minutes terriblement sombres, Bersarin replonge dans ce délicieux cocon doux-amer, comme s’il nous avait juste secoué pour mieux nous envoûter ensuite. Et ça marche… Impossible de dire pourquoi ce dernier album surpasse ses précédesseurs, mais les faits sont là : Methoden Und Maschinen parvient à être encore plus onirique, encore plus émouvant, encore plus beau.

Les autres coups de coeur

 

Amon Tobin « Long Stories » (downtempo/ambiant)
Chelsea Wolfe « Birth of Violence » (post-folk)
Datach’i « Bones » (IDM/ambiant)
Deathspell Omega « The Furnaces of Palingenesia » (post-black)
Flying Lotus « Flamagra » (abstract/IDM)
Hashshashin « Badakhshan » (rock prog/world)
Portico Quartet « Memory Streams » (électrojazz)
Strange Arrival « Plastic Death » (hardcore/crossbreed)
Sunn O))) « Life Metal » (drone)
Swans « Leaving Meaning » (folk/noiserock/Swans)

Futur album de 2020

 

Vildhjarta « Kaos 2 »

 


Parce que bien sûr que oui. THALL.

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