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lundi 14 février 2011

War From A Harlot's Mouth


Il paraîtrait qu'aujourd'hui se déroule une sorte de festivité hypocrite consistant, soit à dérouler devant le soi-disant élu de son coeur le tapis rouge de preuves d'amour élaborées et de marques d'attention fallacieuses, soit à pleurnicher idiotement sur son célibat en jalousant les roucoulades putassières des amoureux z'et -reuses transi(e)s qui se bavent dessus benoîtement derrière les vitrines des restaurants attrape-couillons.

Thank you.


Puisque le principal intérêt que je trouve à cette célébration du consumérisme neuneu est d'avoir un sujet sur lequel râler au détour de quelques phrases longues et verbeuses, la Zeuhlerie d'aujourd'hui n'aura aucun rapport avec cette fête, à moins que vous fassiez partie de ces humains qui trouvent un certain romantisme au metal/défouraille/mathcore/progressif. Je chroniquerai Robert Plant un autre jour, et là, on pourra s'aimer naïvement. Pour l'heure, j'invite les quelques non-contaminés à pogoter comme des ahuris déments dans leur living-room au son de War From A Harlot's Mouth.

Tiens, mange ça, lopette.

Formé à Berlin fin 2005, War From A Harlot's Mouth (raccourci ci-après en WFAHM) sort dès 2007 son premier album, "Metropolitan", un petit concentré de folie et de violence. Dès la première minute de la première chanson (justement nommée "How to Disconnect from your Social Surrounding in Half an Hour"), le ton est donné : un metalcore métissé de mathcore, aux rythmiques frénétiques, percutant et violent, qui se métamorphose sans crier gare en... du jazz ? de la lounge ? (Planqué dans un coin, Mike Patton et Christian Vander jettent une paire d'yeux ahuris vers le monstre.) Le reste de l'album nous en met encore plein la gueule : sorte de hardcore expérimental (légèrement) teinté de jazz sous ecstasy, "Metropolitan" est un concentré d'énergie folle et de moshparts ravageuses ("If You Want to Blame Us for Something Wrong, Please Abuse This Song" et sa superbe partie de batterie/grosse Bertha) nous réservant néanmoins, entre deux blasts épileptiques, quelques bons headbangs salvateurs (la fin de "Heeey... Let's Start a Band", ou la monstrueusement efficace "The District Attorneys are Selling your Blood"), un petit interlude trip-hop d'excellente facture ("Trife Life"), et quelques ambiances sévèrement prenantes (ce "Guess what ?.. Nothiiiiing !" suintant sur "Mulder").

"How to Disconnect from your Social Surrounding in Half an Hour" : a monster is born.

A partir du mois de septembre de cette même année 2007, le groupe voit son ancien chanteur partir, et le remplace par Nico Webbers, débauché volontaire du "groupe" de metal/postcore The Ocean Collective. Décrire en détail les origines et le style si particulier de The Ocean irait au-delà de l'ambition de cette chronique, mais en le comparant à WFAHM, on peut bel et bien parler de débauche, tant la douceur relative de The Ocean est à mille lieues de la violence lourde de "Transmetropolitan", que Nico défend comme un diable dès les premiers mois de son intégration dans le groupe, lors de la première tournée de WFAHM en tête d'affiche.

Quelques mois plus tard, lors du festival With Full Force. Apparemment, il s'est vite intégré... ("Riding Dead Horses is a Fucking Curse", tirée de "Transmetropolitan".)

En 2009, le deuxième album de WFAHM, "In Shoals", laisse des impressions plus mitigées. L'orientation du groupe n'a pas changé, mais un peu évolué : des "sauts de style" plus fréquents sur la fin de l'album (beaucoup de passages abrupts d'un metalcore enragé à des ambiances jazz plus posées : "Appropriate Tools Required to Intercept and Obstruct Errorism", "What Happens in the District" et "Scully", autrement dit trois des quatre dernières chansons de l'album), des mélodies plus "raffinées" (la très bonne gestion de double guitare sur "No High Five for Coward", le mélange débridé post-metalcore/mathcore suraigu à la Psyopus sur "Crooks at your Door", l'ambiance prenante de "Scully"), tout en restant fidèles au style posé par "Transmetropolitan". Ceux qui avaient accroché au premier album parviennent à suivre celui-ci, les autres ne captent toujours pas le charme de la musique, trop bousculés par les rythmiques improbables et les expérimentations (moins débridées cependant que sur l'opus précédent), mais presque tous reconnaissent que le tout est de très bonne facture. Malgré tout, c'est peut-être l'album le moins "percutant" du groupe... mais ça n'en fait pas un mauvais skeud, très loin de là. Très, très loin de là.

Clip officiel de "Crooks at Your Door", tirée du deuxième album "In Shoals".

Et puis le troisième album, attendu impatiemment par les fans, heureusement pas très longtemps car il sort en 2010, dix-huit petits mois après son prédécesseur. En un mot comme en cent, une tuerie. "MMX" est une synthèse, un condensé finement distillé de ce que WFAHM sait faire de mieux : metalcore droit-dans-les-gencives ("Insomnia", "The Polyglutamine Pact"), rythmiques hachées ("The Increased Sensation of Dullness"), ambiances lourdes et sombres ("Spineless", "C.B.G. Spender"), passages jazzy expérimentaux maîtrisés à la perfection et mieux intégrés aux chansons ("Sleep is the Brother of Death", "Sugarcoat", "Spineless" encore), quelques passages très meshuggiens (notamment la courte "Cancer Man") : les trente-deux minutes de cet album sont un concentré puissant et sombre de talent et de savoir-faire, piochant autant dans la frénésie primale de "Transmetropolitan" que dans le travail mélodique de "In Shoals" ; et là où ce dernier, moins fou furieux que le premier, pouvait légèrement décevoir une partie des fans de la première heure en donnant l'illusion que le groupe virait de bord, "MMX" explique le chemin parcouru, et le met en valeur de la plus belle des façons -- un opus raffiné, distillé, superbement travaillé, à écouter encore et encore et encore pour le saisir pleinement.

"To Age and Obsolete" : tout en étant resté "cantonné" à un style très particulier, presque étouffant, le son s'est incroyablement affiné en à peine quelques années.

Vous verrez fleurir un peu partout, chez tout un tas de chroniqueurs non réceptifs aux subtilités du genre, des critiques du genre "pas assez d'unité", "trop froid", "trop bordélique", "incompréhensible à force de caboter". D'aucuns reprochent également à chaque album d'être "trop pareil que le précédent". C'est aussi à vous de vous faire votre opinion, en fonction de votre sensibilité, de vos goûts, de votre humeur. Pour ma part, devant la profondeur claire/obscure et la maîtrise technique de ces explorateurs de la musique dite "extrême", je n'ai qu'une chose à dire : Messieurs, chapeau.



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