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dimanche 13 mars 2011

Stupeflip


Tout le monde connait le groupe français Stupeflip, et pas forcément pour les meilleures raisons : leur chanson "Je Fume Pu d'Shit" avait eu un succès incroyable lors de sa sortie, fin 2002, avant même le premier album éponyme (néanmoins nommé "Vengeance" par certains) qui est sorti quelques mois plus tard, début 2003. Mais qui est allé plus loin que ce titre léger, dansant, et purement commercial ? Très peu de gens ont sauté le pas et écouté l'album, et parmi ceux-ci, peu ont réussi à apprécier, car après une introduction à l'ambiance étrange et décalée, qui affirme que "le Crou ne mourra jamais" alors que les présentations n'ont même pas encore été faites, la chanson nommée "Stupeflip" affirme la couleur : un hip-hop crade, aux ambiances prenantes ("ça t'agrippe, ça t'attrape et ça fait pas de sentiments"), tour à tour drôle et enragé, délirant et déprimant.


"Trop de vin, trop de joints, et voilà le résultat."

Humour au second degré ("Les Monstres", "Comme les Zot'", ou la superbe "J'Refume du Shit" qui, placée juste après le méga-hit single "J'Fume Pu d'Shit", en livre une version gluante et paranoïaque), cris de rage irrépressible accompagnés d'un mélange hip-hop/guitares saturées enivrant (l'excellente "A Bas la Hiérarchie"), passages de pop/rock/disco décalés ("Carry On", "Passe Mon Truc"), skits ou chansons en forme d'hommages aux Residents (les violons agonisants et les paroles improbables de "The Cadillac Theory", l'ambiance étrange d'"Annexion de la Région Sud") : l'univers de Stupeflip se construit à coups de cassures, de mélanges d'influences, de paroles indestructibles et bourrées d'humour et de traumatismes d'enfance, autour d'une flopée de personnages "hauts en couleur" (King Ju qui hurle son désir de vengeance contre ce monde qui a voulu le détruire, Cadillaq l'âme damnée, Pop Hip qui tient absolument à faire du rock pisseux mais qui rapporte des sous au Crou, MC Salo "comme son nom l'indique", et toute une flopée d'invités occasionnels).

"Allez crever en enfer !"

Il me reste encore deux albums desquels parler, mais j'ai déjà l'impression de déflorer le groupe. Pourtant, je n'ai pas parlé du grand mystère au chocolat, de la menuiserie, de Reverb Man, du poivron, des quatre régions cardinales ; mais je me demande si je ne décris déjà pas trop avant le Stup, alors que je sais pertinemment qu'aucune description ne suffira vraiment à savoir à quoi s'attendre. On saute de style en style, de claque en claque, de la rage nauséeuse à l'éclat de rire, et le deuxième album "Stup Religion", sorti en 2005, va encore plus loin dans toutes les directions en même temps. Les thèmes se téléscopent, les chansons se répondent, le style s'affine, la production aussi, et la Religion du Stup explose.


Le Crou, fier et grand.

Il y a quelque chose de plus intime dans certaines compos ("La Religion du Stup", le hip-hop lo-fi de "Mon Style en Crr", le jeu sur la noirceur des "35 Animaux Morts"), d'autres jouent avec le style Pop Hip en le pervertissant ("Stup Danse", "Le Cartable"), et le métissage hip-hop/rock, déconnade/paroles qui tapent, va toujours plus loin, avec des lyrics de plus en plus travaillées à coups de rimes improbables et de phrases choc.

"C'est la nature humaine, toujours le même problème."

Stupeflip pousse l'ironie et la critique du showbiz musical jusqu'à l'insupportable "Les Cages en Métal" et le punk débile de "Pop Hip's Revenge", peut-être les titres les plus horribles de Pop Hip, puis plonge dans les traumatismes de King Ju avec la superbement douloureuse "L'Enfant Fou", sans offrir de transition : on prend les lyrics et les ambiances comme ils viennent, ils nous surprennent et nous retournent, avec néanmoins un humour plus marqué que dans le premier, sans chercher à communiquer un message ou à attirer l'attention. L'expression est directe, délurée, libre, sans artifices, et les piqûres de rappel sont régulières : "l'ère du Stup, pas si humoristique" (dans "Stup Monastère").

(Même si, des fois...) "Je suis un monstre, un animal !"

Un procès avec BMG qui leur fait perdre les droits des deux premiers albums, quelques années de galère pour réussir à relancer la machine, et après de longues, trop longues, années d'absence, le Stup, qui nous a promis l'immortalité, revient au tout début de l'année 2011 avec son troisième album, 100% indépendant (adieu les majors), "The Hypnoflip Invasion". Exit la religion : le schéma de construction n'est plus le même. Le Stup sort de ses monastères et saute sur le vrai monde, sa présence est nécessaire pour réveiller les consciences et faire sortir de nos têtes les petits enfants fragiles qui s'y terrent ("Stupeflip Vite"), pour gueuler à la face du monde et chasser les hérétiques froids et calculateurs ("Sinode Pibouin"), mais il refuse toujours de se prendre au sérieux ou de se donner une image consensuelle.

"Ras-le-bol d'être tout seul, je suis fatigué d'expliquer. Utopistes, debout !"

Il parle de ses traumatismes (la fabuleuse "Le Spleen des Petits"), il crache sa haine ("Hater's Killah"), mais il balance aussi des gros morceaux d'humour ("Gém Lé Moch" ou "Ce Petit Blouson en Daim", pour ne citer que ces deux-là), y greffant également des grosses tranches d'absurde (l'intervention de l'Italian Monkey dans "Région Est" est un grand moment), et avec un talent qui s'est encore développé -- non, qui a explosé -- durant les cinq longues années d'absence. Musicalement, le Stup a explosé ; philosophiquement, il nous en envoie plein la gueule ; et ces paroles... Oh mon Dieu. Il n'y a rien à jeter dans ces lyrics, calculées au millimètre près, chargées d'émotions fortes et de blagues douteuses, Stupeflip te retourne comme jamais.

"Z'ont du Flanby dans le slop, bande de salopes."

Tout le monde ne se reconnait pas dans le Stup ; tout le monde ne peut pas faire partie du Crou. Ceux qui y entendront un écho de leur propre vécu ou de leurs propres pensées se feront broyer le cerveau avec amour. Le Crou, "it's just another way of thinking" ("Apocalypse 894", sur "The Hypnoflip Invasion") : c'est un mélange de triste lucidité sur le monde et d'envie de le prendre avec humour et ironie, c'est avouer sa faiblesse et en faire une force, c'est ne jamais se laisser démanteler l'esprit critique, c'est refuser de "le prendre comme un jeu" ("West Region's Inquisitors", sur "Stup Religion"), c'est comprendre que la vie ne doit pas être un combat. C'est pour ça que le Crou ne mourra jamais.

Private joke. Ecoutez pour comprendre.



PS : Le 29 avril à Rouen, le 3 mai à Paris, et j'en oublie plein : venez vous prendre la claque Stup en live.



Site officiel : http://www.stupeflip.com/

4 commentaires:

Tristan a dit…

Joli cette photo de poivron bin la j'l'ai dis poivron hi hi hi. Hâte de les voir à Nantes, j'en profiterai pour acheter le 3eme album. Bravo pour ton site de fan, j'ai découvert des clips que je ne connaissais pas. Bonne continuation et surtout
Alors quoi quoi quoi tu veux tester stupeflip La menuiserie et toute la click

Modern Zeuhl a dit…

"4577, la Menuiserie, mec."
Merci pour ton commentaire, n'hésite pas a fouiller dans le reste :)
Etant rouennais, j'ai la chance de les voir débarquer fin avril dans ma ville, et j'ai très hâte moi aussi !

Anonyme a dit…

je vous kiffe à mort ! du putain son ! heureusement que vous etes là pour relever le niveau !

Modern Zeuhl a dit…

C'est à eux qu'il faut le dire... Moi, je ne suis que simple chroniqueur anonyme !

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