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mercredi 24 août 2011

Grinderman


Une carrière comme celle de Nick Cave a de quoi faire rêver. L’homme a parcouru le monde à bord de ses différents navires avec l’aide de différents équipages, de Warren Ellis aux Bad Seeds. "Grinderman 2" est donc le dernier album d’un projet assez récent entamé en 2007 avec l’album éponyme : Grinderman.

Un rapport avec ce genre de grinders ?.. Nooooon.

Ce loup hargneux et menaçant sur la pochette représente tout à fait l’univers de ce disque ; tour à tour boueux, sale, désillusionné et puissant. Nous avons ici affaire à un blues des marais servi par des guitares tranchantes aux riffs assommants, des lignes de basses jouissives et bien évidemment le chant reconnaissable entre mille de Nick Cave. Du haut de ses 53 ans l’australien garde la pêche et a résolument envie d’en découdre sur ce disque. "Mickey Mouse and the Goodbye Man" : on peut dire que les gaillards savent comment entamer un disque. Une introduction discrète à partir de petites notes bluesy puis tout à coup, la basse, monstrueuse, fait son apparition. Un rythme terriblement efficace et entêtant vous englobe ; l’envie de bouger, de secouer la tête, de taper du pied et de crier partout est alors plus forte que tout. La batterie fait son apparition, d’abord discrète, au même titre que la voix de monsieur Cave. La guitare prend de plus en plus d’importance, assenant ses petits riffs incisifs. Enfin vient le temps de la montée en puissance, la batterie s’en mêle, la guitare occupe la place centrale, Nick Cave assume des ‘aouh’ vindicatifs pour ensuite laisser place à la déferlante de riffs et le martèlement incessant des futs. C’est parti pour presque 41 minutes de pur orgasme auditif. Avec une telle introduction comment aurait-il pu en être autrement me diriez-vous ? Et bien entendu vous auriez raison.


La suite est tout aussi formidable, alliant les morceaux de bravoures tous plus beaux les uns que les autres. Les mecs en ont encore sous la semelle et ils comptent bien nous le prouver. "Worm Tamer", sa lourdeur et ses chœurs nous transportent dans un autre espace temps, l’australien martelant ses « I guess I loved you for too long, for too long » entêtant. Ce disque est un voyage dans les genres : allant du garage rock au punk, du hard rock au blues, c’est un véritable voyage initiatique au pays du riff auquel nous avons droit ici. "Heathen Child" : une nouvelle fois une ligne de basse impressionnante, dominatrice sous des traits simplistes. « She’s the heathen child » clame-t-il, dédaigneux. La hargne est ici lancinante, à chaque note la montée en puissance se fait de plus en plus lourde, laissant la place au refrain et ses « heathen child » indéfiniment martelés. Le psychédélisme transpire. La basse nous encercle, la guitare nous achève. Teintée de petites touches une nouvelle fois bluesy, elle se veut accompagnatrice d’un éclat marécageux qui blesse. La fin bruitiste finit de creuser notre caveau, grogui que nous sommes. Les 6 minutes 48 de "When my baby comes", réminiscence de la période Bad Seeds, sont tout bonnement magnifiques. Violentes, tantôt posées, tantôt hallucinées, le groupe nous embarque avec eux, très loin. Les nappes noisy et psychédéliques sont des vecteurs remarquables de plénitude. On est là, assommé.


Les moments de douceur dans ce monde de brut sont plutôt rares, mais "What I know", sombre et tout en retenue, flaire bon la country alambiquée, fausse balade, calme et sincère. Le très pop 70’s "Palaces of Montezuma" est également rafraichissant, très Rolling Stones dans l’âme, ce titre est tout à fait plaisant avec un refrain entêtant que l’on fredonne par la suite sans même s’en rendre compte.

Enfin voici venu (déjà) le dernier titre "Bellringer Blues" qui est pour moi tout bonnement un des meilleurs de l’album. Un post-blues endiablé qui prend aux tripes. Le psychédélisme est une nouvelle fois au rendez-vous, efficace et entêtant. La guitare embouée, la batterie embourbée et la basse flottant au dessus de cet amas dégoulinant. Les chœurs sont magnifiques et finissent l’apesanteur musical que l’on vient de subir.


Ces mecs sont moches, puent, et c’est bien ce que l’on aime. Dans une société où le superficiel, les stéréotypes du paraitre et de la soi-disant beauté dominent, ici nous faisons face à des vieux brisquards barbus et sales qui laissent émerger leur hargne et leur puissance dans une sincérité indéniable. Pour moi, la beauté, c’est ça. 

« Hey, you better come over here… »



Site officiel : http://www.grinderman.com/




Chronique par Alex, aka A.A

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