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mardi 16 novembre 2010

Neurosis


Je ne sais pas toujours quelle réaction avoir lorsque l'on m'explique, avec des arguments plus ou moins développés d'ailleurs, que le metal est une musique de sauvages, bruitiste, agressive.

Certains le disent avec un manque de culture si évident qu'on a vite fait de les envoyer paître ; d'autres respectent que l'on puisse apprécier ce style, mais avouent volontiers qu'ils ne parviennent pas à comprendre cette esthétique sonore très particulière, et ceux-là sont tellement loin des stéréotypes et des jugements trop rapides qu'on ne peut qu'être compréhensif avec eux.

Neurosis est un des groupes qui peuvent le mieux nourrir l'argumentaire des seconds.


Né en 1985 en Californie, Neurosis fait partie de ces rares groupes qui ont ouvert un nouveau pan de la musique. Après des débuts très ancrés dans le bon vieux hardcore des familles, leur style devient plus lent, plus lourd, plus oppressant -- "Enemy of the Sun" en 1993, puis le très beau "Through Silver in Blood" trois ans plus tard  -- puis commence à visiter de nouvelles ambiances pour muter, de plus en plus à chaque album, devenant un superbe condensé d'émotion brute, pesante et dans le même temps baignée d'un espoir doux, brodé en filigrane dans les hurlements viscéraux du chanteur.

"End of the Harvest", sur "Times of Grace" (1999).

C'est précisément sur cet équilibre précaire entre froideur électrique et mélancolie à fleur de peau que se situent, à la fois, toute la force de la musique de Neurosis et sa plus grande difficulté d'accès. Un album comme "Times of Grace" (sorti en 1999, et probablement un des albums les plus révolutionnaires de tous les temps) s'écoute, se réécoute, s'apprivoise, se rumine. On sent qu'il y a là autre chose qu'une simple rage aveugle en grésillement mineur, on devine une palette si large d'émotions qui se terre derrière la densité palpitante de ce mur de son, mais l'album ne se laisse pas faire : il nous invite plus à notre propre découverte qu'à la sienne. Derrière la frontière du style, qui en rebute plus d'un, il y a nos propres douleurs qui font écho à la rudesse de ces riffs, sombres et envoutants, presque psychédéliques (de ψυχη = psyche, âme, et δηλειν = delein, visible).

Depuis cette véritable pierre de voûte qu'est "Times of Grace", Neurosis a continué son exploration émotionnelle, toujours profondément organique sous ses airs rugueux, lorgnant parfois fortement dans des ambiances qui regorgent d'une sérénité étrange et ambiguë ("The Eye of Every Storm", 2004), puis resombrant dans les marais étranges de la profonde mélancolie, comme empreint d'une troublante tristesse qui se baserait sur l'urgence de vivre pleinement ("Given to the Rising" en 2007, et la superbe citation qui orne la quatrième de son livret).

 Clip officiel de "Stones from the Sky", sur "A Sun that Never Sets" (2001).

La plus dure des mélancolies donne parfois la plus belle des musiques. C'est l'essence même du postcore, dont Neurosis est l'archétype, l'ancêtre et, encore maintenant, le meilleur groupe.



2 commentaires:

Cynthia a dit…

Tout à fait d'accord. (on sen les joli tournurs é la censcualitées deriaire lé mo ! nan, franchement, c'est bien écrit, j'aime bien!)

Même si je préfère le générique de Père Castor.

Lord Stig a dit…

Marrant, en parcourant le blog je tombe sur cette article dédié a Neurosis. Une demi heure plus tôt, je lis le nom de Steve Von Till sans faire le rapprochement avec Neuroro. Puis mes deux neurones ont finis par se dire bonjours : Mr Von Till en plus d'être dans Neurosis, participe aussi a des projets autre telle que Melodica Deathship, qui est pour moi dans la ligné du bon hip hop indus de dälek en version irlandaise avec un flow moins agressif et des ambiance brumeuse a souhait. A écouter !

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