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lundi 6 décembre 2010

S.U.P


Il paraîtrait qu'on reconnaît certaines manifestations du génie artistique dans le fait que les oeuvres créées par ce genre de génie étincelant ne peuvent qu'être adorées ou détestées. Je ne crois généralement pas à ces phrases toutes faites, d'autant que des oeuvres d'une pauvreté littéraire/picturale incomparable, telles que les romans lacrymo-anxiogènes pour vieilles mortes d'ennui d'une Mary Higgins Clark ou les barbouillis précambriens d'un Adolf Hitler, entrent dans la catégorie désignée par ce poncif. (Loin de moi, ceci étant dit, l'idée de pousser plus loin la comparaison entre la plus prolifique pondeuse de thrillers barbituriques du monde et le peintre raté ayant prouvé plus tard son talent compensatoire de serial-killer psycho-aryaniste.)

Cependant, bien qu'il ne faille pas faire de ces banalités populacières des règles naturelles inviolables, nous nous devons de reconnaître que beaucoup d'oeuvres "trop" originales, nouvelles, inédites entrent naturellement dans la catégorie des "aimées de peu et (presqu')honnies par les autres". En musique, c'est sans nul doute le cas de pas mal de groupes figurant sur ces pages, des Residents à Igorrr, et les défenseurs plus ou moins décérébrés de l'easy listening ne verront toujours pas en moi un allié après que j'aurai parlé, dans les paragraphes à venir, de S.U.P.

Formation française née en 1989, Supuration alias Sup alias S.U.P (Spherical Unit Provided) est un groupe dont le style est difficile à définir, et ce pas uniquement parce qu'il a évolué au fil des années et de huit albums, mais surtout parce que l'idée et l'inspiration sur lesquelles il se base n'appartiennent qu'à ce seul groupe, et que toute volonté de reproduire cet élan n'aboutirait très probablement qu'à une pâle copie. Disons que l'idée fondatrice de S.U.P fut de ralentir et déformer les sonorités du death-metal pour parvenir à distiller une sorte de metal atmosphérique aux relents claustrophobiques... Description très résumée, et qui, comme tout résumé, donne forcément une idée partiellement fausse de l'oeuvre décrite.

Clip de "Hybrid State", tirée de l'album "Imago". It's not safe here...

Car il y a bien plus que des longs riffs pesants dans S.U.P : il y a des ambiances quelque part entre le Ciel et l'Enfer, où le glauque ("March of the Neovocyts" sur le petit dernier "Hegemony") côtoie une étrange douceur (la belle à pleurer "Deformed Army" sur l'avant-dernier album "Imago"), où la lenteur un peu "doomienne" ("From Blood of Chrysalis", toujours sur "Imago") alterne avec le rythme implacable ("The Cube" sur l'album du même nom, leur premier), et où les grunts très typés death-metal complètent des voix claires simples, lisses, mais chargées d'émotions.

Je dois confesser avoir raté une période de grande maturation du projet S.U.P : ma discographie présente un grand vide entre "The Cube", le tout premier album, et "Angelus", le cinquième. D'un autre côté, les avoir n'aurait sans doute rien changé à la phrase qui suit : je vous invite à écouter en priorité les deux derniers albums, "Imago" et "Hegemony", tous deux des chefs-d'oeuvre. Tandis que "Imago", à grands renforts de mélodies vaporeuses et de voix claires, est un hymne à une sorte de sourde mélancolie et d'angoisse paisible, "Hegemony" est un album résolument obscur, étouffant, au concept post-apocalyptique léché. Sur le premier, les frères Loez entonnant "It's not safe here" semblent porter un douloureux espoir dans leurs voix ; sur le second, leur "Lying on the burning sand" est un aveu résigné, un cri de désespoir qui n'attend aucune réponse.

"March of the Neovocyts", sombre ouverture de l'album "Hegemony".

Un simple coup d'oeil aux pochettes de ces deux albums permettrait de le deviner, certes ; mais lorsque la musique arrive, pour peu que nous y soyons réceptifs, elle nous saisit sans ménagement, et l'émotion nous dévore incoerciblement. Cependant, il est également possible de rester totalement de marbre à l'écoute de S.U.P et de passer à côté du ressenti que leur musique dégage ; j'ai même vu des mélomanes avertis, à l'oreille exercée et sensible, clamer que ce groupe ne recèle que de piètres musiciens, incapables de composer de véritables lignes mélodiques, et visant une simplicité outrancière. Là est tout le problème de S.U.P : leur musique est d'une simplicité technique redoutable, mais d'une efficacité émotionnelle dévastatrice ; beaucoup seront frappés par le premier aspect, quelques autres par le second...



2 commentaires:

Anonyme a dit…

Je viens de découvir ce blog, très sympa, et je fais partie des fans de SUP, dont j' ai tous les albums....sauf celui là. J' ai beaucoup aimé Imago, mais je te conseillerais quand même de jeter une oreile sur les anciens comme Chronophobia et Anomaly (Room 7 et les autres aussi, je les aime tous ils sont tous différents).
Marc Shift

MthS a dit…

Merci pour ce commentaire !
Je ne manquerai pas d'écouter les albums qui manquent à ma culture SUP, j'ai pas mal entendu parler de Room Seven, mais Chronophobia et Anomaly me tentent aussi beaucoup. Ceci dit, je passe généralement bien plus de temps à chercher des nouveaux groupes qu'à compléter mes discographies ^^'
Je suis définitivement amoureux d'Hegemony plus encore que des autres que je possède, il est incroyable...
N'hésite pas à repasser régulièrement dans le coin, le blog se remplit vite !

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