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mardi 23 novembre 2010

Igorrr


Le mélange des genres... J'en parlais déjà avec The Algorithm, dont le magma vrombissant de dubstep, metal, hip-hop, techno, et j'en passe, m'a saisi de là à là, voir figure 1. J'en parlais encore avec Ephel Duath, qui a su donner au rock et au metal ce qu'ils n'avaient pas osé emprunter au jazz, et avec Panzerballett, qui a fait la démarche inverse. J'en rajoutais une couche avec I Am Un Chien !!, qui a eu le talent de puiser "pile comme il faut" dans deux styles pleins de punch pour en créer un troisième, tout aussi énergique, et sans cesse renouvelé. En chipotant un peu, on pourrait aussi dire que My Own Private Alaska joue dans la cour des fusionnistes de tout poil, en hybridant le postcore et la musique classique, ce qui me fait atteindre un joli 67% de "musique impure" sur ce blog. Vous l'aurez compris : j'aime les mélanges, la nouveauté, la fraîcheur, la folie aussi un peu, je le confesse sans aucune honte.

Aujourd'hui, le pourcentage va passer à 70%, car l'artiste qui m'inspire cette chronique est un grand malade. Comme par hasard, il est dans le "Top Amis" Myspace de The Algorithm, oh tiens, le monde est petit. Et le fait que j'ai choisi d'illustrer cet article avec la pochette de son avant-dernier album, et non de son dernier, n'est pas un hasard non plus, car elle est pour moi particulièrement symptomatique de la folie du monsieur, regardez plutôt : un étrange collage de chairs donnant naissance à "un autre esthétisme" (comme auraient pu le dire les fins gourmets de l'Art avec un grand A pour se donner une bonne raison d'aimer Piet Mondrian ou Jackson Pollock), un visuel crade mais soigneusement travaillé pour l'être, et un titre d'album sans équivoque : "Moisissure". Si vous jetez un oeil aux morceaux, vous aurez de jolies surprises aussi : "Oesophage de Tourterelle", "Phasme Obèse", "Tendon", "Cruciform Dachshund" (dachshund veut dire teckel an anglais, FYI), "Sueur de Caniche" (qu'a-t-il donc contre les chiens ?), "Dieu est-il un être ?", et je vous passe la "Pizza aux Narines". Il y a là-dedans une sorte d'humour au 2N-ième degré, avec N arbitrairement grand.

"Mastication Numérique", tirée du premier album "Poisson Soluble". Oui, musicalement aussi, c'est barré.

Et pour ce qui est de la musique, me direz-vous ? Eh bien, Igorrr a dans ses morceaux le même humour décalé, sinon dérangé, que dans ses choix de titres. Regardez la pochette de "Moisissure", et suivez-moi dans mon délire métaphorique (métaphoriste ?) : le mur un peu sale, c'est l'esprit qui sert de support au reste, le côté volontairement glauque ; l'ampoule presqu'immaculée, c'est la lumière apportée par la musique classique ; le dentier bien charnu, c'est le death-metal mordant et agressif ; la jambe cousue et recousue, c'est l'énergie du breakcore, qui galope de travers ; les cheveux et l'oreille, j'ai plus de mal à voir la symbolique, mais admettons que ce soit tout le reste (un petit morceau de swing par ci, un fond de chanson des années 20 par là, sel, poivre, bouquet garni, un peu d'estragon pour supprimer le goût d'hormone B) ; et le tout très travaillé, affiné, au poil près, par un dangereux rectodiptérophile.

"Excessive Funeral", méga-single-top-50 du troisième album, "Nostril", une putain de tuerie de A à Z.

En lisant ça, vous vous imaginez que le mélange va être bizarre ? Vous êtes loin du compte. Vraiment très loin. Pour tout vous dire, Igorrr fait partie de ces artistes dont la musique est tellement inédite, tellement folle, tellement décousue, qu'il est impossible d'en faire une description un tant soit peu fidèle. Alors on fait des métaphores, on tourne autour du pot, on parle de ce sentiment ambigu qu'on a ressenti à la première écoute, de la répulsion que cette musique d'une étrangeté indicible exerce sur la plupart des personnes qui se veulent saines d'esprit, on en rajoute une couche sur la relative difficulté d'accès de la composition et des structures, on répète des semi-banalités sur la tendance naturelle de l'esprit humain à vouloir rejeter ce qui est neuf, puis, comme pour contrebalancer, on insiste sur l'immense qualité de composition et sur la créativité incroyable de l'artiste, on évoque à demi-mot l'admiration que l'on ressent soi-même pour ce superbe coup de pied dans la fourmilière de la musique facilement classifiable, et on conclut avec une phrase un peu bateau mais toujours efficace, du genre de celle-ci :

Igorrr fait partie de ces musiques qu'on ne peut qu'adorer ou détester ; à vous de vous faire votre propre opinion.


"Melting Nails", toujours sur "Nostril". Oh yeah, break these fuckin' beats.

C'est un peu minable, mais comme on ne peut pas se permettre de hurler "putain c'est génial, c'est tellement énorme que vous allez sans doute rien y comprendre, mais je m'en fous", on écrit sa banalité à contrecoeur, et on tourne la page.




Le Myspace du monsieur : http://www.myspace.com/igorrrrrrrrrr (non non, je vous jure, je n'ai pas rajouté de R)




Vous en voulez plus ? Alleluyah, mes soeurs et mes frères : Ad Noiseam organise un concert spécial pour son dixième anniversaire ! Au programme : Matta, Igorrr (son interview ici), Niveau Zero et trois autres artistes du label, le 1er juin 2011 (veille de jour férié) au Batofar (Paris XIII°), de minuit à 6h du matin, 10 euros seulement. Viendez nombreux !


1 commentaire:

Anonyme a dit…

ola
que du bon, chez toi!
et quelle bonne idée de citer notre interview!
la biz
http://presque-fameux.over-blog.com/article-sofy-major-membrane-split-96133197.html

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