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vendredi 1 avril 2011

Blut Aus Nord


Quoi ? Les Français sont capables de faire du bon black-metal ?

Oh que oui. N'ayons pas peur des mots : le groupe français Blut Aus Nord fait partie de ce qui se fait de mieux actuellement dans le black-metal.

Alors, certes, le style black-metal regroupe pas mal de mouvements, le "true black" et ses sonorités de garage, la nouvelle vague sympho à la Dimmu Borgir, l'avant-garde, et sans doute quelques microstyles élitistes (mais, après tout, la dénomination "true quelque chose" n'est-elle pas déjà très élitiste ?). Aussi, parler de Blut Aus Nord comme d'un groupe de "metaphysical black metal" ou de "true black avantgarde" -- presque antinomique, tiens -- risquerait de vous faire vous demander "qu'est-ce que c'est encore que ça ?". Evitons donc ce genre de dénominations absconses et essayons de pointer du doigt ce qu'est vraiment la musique de ce trio bas-normand.

Prenez du black-metal orienté "troue bläark", avec ce petit côté "on blaste tout le temps en hurlant sur les contrées dévastées d'on ne sait quelle contrée perdue". Enlevez-en tous les aspects ridicules. Faites-en quelque chose, certes de pas extraordinairement original dans la forme, mais d'inspiré et riche : vous obtiendrez grosso modo les débuts de Blut Aus Nord, disons le Blut Aus Nord des années 1990. Rien de négatif dans cette chronique : l'album "Memoria Vetusta I : Fathers of the Icy Age" (1996) est un très bon opus, officiant dans un black-metal racé et inspiré. Ceci étant...

"The Fall, Chapter I", from "The Mystical Beast of Rebellion" (2001).

Ceci étant, ce n'est qu'à l'aube du nouveau millénaire que le groupe prend réellement son envol, avec deux albums magistraux, "The Mystical Beast of Rebellion" (2001) et "The Work Which Transforms God" (2003). Le groupe y développe une sonorité totalement inédite jusque-là, en nous gratifiant des riffs les plus incroyablement sombres, tordus, dissonants qui aient jamais été écrits. Exit les grands standards lénifiants de la composition black-metal : les guitares sont distordues, tirant des sons plaintifs, ondulants, parfois délicieusement nauséabonds. Néanmoins, à l'instar d'un Otargos, le message n'est en rien comparable à celui d'un "Pure Fucking Armageddon" de Mayhem : il est une invitation à un voyage intérieur, presque mystique, forcément sombre (car l'âme humaine recèle de grandes zones d'ombre) mais paradoxalement bienfaisante. A première vue, on pourrait presque croire à une sorte de schizophrénie artistique, en lisant le texte qui orne la pochette de "The Work Which Transforms God" :
We charge tradition with being an excuse for idleness, unpersonality and regression. We praise evolution for being the logical consequence of creation, progression and elevation.
"Metamorphosis", from "The Work Which Transforms God" (2003).

Et puis, doucement, on commence à comprendre -- et à percevoir -- qu'il n'y a aucun hiatus entre le concept et la musique. D'un point de vue technique, Blut Aus Nord innove, refuse de s'arrimer à la pure tradition musicale, progresse, s'élève. Plus profondément, l'inspiration du groupe est étrangement positive, recelant une force mystique raffinée, difficile à percevoir. Il y a une étrange complétude qui émane de ces prenantes ténèbres. Les efforts suivants du groupe continueront dans ces deux directions : d'une part, en s'ouvrant de plus en plus à de nouvelles sonorités, et ce depuis le splendide EP "Thematic Emanation of Archetypal Multiplicity", sorti en 2005, qui joue avec des ambiances plus industrielles, électro/ambient et avantgarde, inaugurant la "nouvelle touche" du groupe qui sera confirmée par l'album "MoRT" l'année suivante puis par "Odinist" en 2007 ; d'autre part, en mettant en avant un aspect toujours plus réfléchi, parfois aérien, souvent presque métaphysique.

"Level -1 (Nothing Is)", from "Thematic Emanation of Archetypal Multiplicity" (2005).

Au jour de la rédaction de cet article (le premier avril 2011), Blut Aus Nord a déjà une discographie relativement importante : un EP et sept albums ; mais l'année 2011 apporte avec elle trois nouveaux albums, sous le pseudonyme temporaire 777 (qui deviendra ensuite, à en croire un des membres du groupe, un projet résolument électro poisseux), qui s'annoncent fabuleux. Le premier des trois, "Sect(s)", est à l'écoute jusqu'au 3 avril sur le site d'Obskure Mag, et il est magistral. Ambiances lourdes et prenantes, sonorités sorties de nulle part, étrange résonance mystico-sombre, le tout dans une version mature, équilibrée, bizarrement raffinée : "Sect(s)" regorge de cette étrange beauté totalement inaccessible au commun des oreilles non habituées. Il sera suivi par "The Desanctification" (en septembre) et "Cosmosophy" (en novembre), que l'on attend de pied ferme.

"The Sounds of the Universe", from "Odinist : The Destruction of Reason by Illumination" (2007).



Site officiel : http://www.blutausnord.com/


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