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mardi 5 avril 2011

Album en mousse : Homefront - Songs for the Resistance


Homefront est un jeu vidéo sorti très récemment sur XBox 360, PS3 et PC, qui a visiblement tenté de se creuser une place d'honneur dans la niche des amateurs de metal en ayant une bande originale pleine de guitares saturées. Il faut bien reconnaître qu'il y avait de quoi être appâté par la liste des groupes : The Dillinger Escape Plan, Periphery, Iwrestledabearonce, The Acacia Strain... Presque étonnant qu'un jeu qui se veut grand public joue dans cette cour : deathcore et djent sont d'habitude écartés des réalisations de ce genre, au profit souvent d'un néo-metalcore post-Disturbed pour adolescents attardés.

De toute façon, ils se ressemblent tous.

Une réaction possible peut être de se dire : "ils doivent avoir quelque chose à cacher". C'est vrai qu'avec la publicité qui a été faite "dans les milieux autorisés" au sujet de cette bande-son, on pouvait s'attendre à ce qu'il soit pourri ; il semblerait que ce ne soit pas le cas : un score de 72% sur Metacritic (bien que ça ne soit pas toujours significatif -- c'est le problème de la moyenne : le film Rubber, par exemple, a obtenu un score de 52 %, qui veut en fait dire qu'il y a ceux qui l'adorent et ceux qui n'y comprennent rien, et non pas que c'est un film "très moyen"), des critiques positives dans l'ensemble, certaines même sévèrement élogieuses ("une des grandes expériences du gaming de 2011", et j'en passe), mais sans doute écrites par des attardés.

 Les mêmes attardés grâce auxquels ce jeu a un meilleur Metascore que Crysis II, par exemple.

L'histoire du jeu est horriblement pourrie et pro-américaine : la Corée du Nord et la Corée du Sud se sont alliées au début des années 2010, formant un grand état coréen dirigé par le fils de Kim Jong-Il, qui décide d'envahir le "Monde Libre" (cette expression me fait toujours autant rire... liberté, mon cul), et le jeu suit l'insurrection de gentils Etats-Uniens qui se rebellent contre les méchants Niakwés. Ouais, c'est ça : une sorte de Red Faction en surface, avec la même conception réfléchie et originale de la politique internationale que les Call of Duty. Bizarrement, il a été interdit dans une des deux Corées (je vous laisse deviner laquelle) et partiellement "censuré" dans l'autre, toute allusion à la Corée ayant été effacée -- en gros, 90% de l'histoire du jeu réécrite, et les portraits de Kim père et fils gommés.

 Pourtant, il est mignon, non ?

Quid de la bande-son du jeu, alors ? Tentative de pénétration (devrais-je dire "viol" ?) d'un marché potentiellement porteur, ou résidu de bon goût de la part de certains des concepteurs du jeu ? J'ai profité d'une opération marketing durant laquelle le téléchargement de la musique du jeu était gratuite pour me procurer la chose. Voici sa tracklist :
As I Lay Dying "War Ensemble"
The Dillinger Escape Plan featuring Chuck D "Fight the Power"
iwrestledabearonce "Uprising"
The Acacia Strain "War Pigs"
Periphery "One"
The Ghost Inside "Fortunate Son"
Winds of Plague "For What It's Worth"
Misery Signals "Us and Them"
Arsonists Get All the Girls "Masters of War"
Oceano "War"
Veil of Maya "Sunday Bloody Sunday"
Vous avez remarqué quelque chose ? ...Que des reprises. Uniquement des putains de reprises. On m'avait promis des nouveaux titres, je m'attendais à des compositions ! Les reprises, c'est ce que tu mets en face B, en bonus japonais de ton album ! Ou alors, tu t'appelles Richard Cheese. Il fallait bien une exception. Et puis, merde, The Dillinger Escape Plan qui reprend du Public Enemy ? Periphery qui s'attaque à une des plus belles chansons de Metallica ? Misery Signals qui touche à du Pink Floyd ?! Avant même de l'avoir écouté, ce disque sent le viol. Et le pire, c'est qu'il y aura peut-être (sans doute) des gens pour l'acheter. Bon, allons-y, jetons-y une oreille.

 Et essayons de ne pas hurler de rage trop fort.

As I Lay Dying "War Ensemble" : Peut-on vraiment reprendre du Slayer ? As I Lay Dying nous donne une réponse très négative. Leur vision de la reprise : jouer grosso modo la même chose, mais juste plus carré et avec une meilleure prod. Et une grosse voix pour faire peur aux vieux. Sauf que Slayer fait partie de ces vieilleries qui ne vieillissent pas. Rejouer du Slayer, même avec les meilleurs efforts du monde, ne donnera jamais quelque chose d'aussi bon. Mais bon. Pour bien la reprendre, il aurait fallu essayer de la modifier, de la renouveler, de la recomposer... Trop fatigant. On va juste la jouer, et ça sera cool, et les kids seront ravis.

*soupir*

The Dillinger Escape Plan featuring Chuck D "Fight the Power" : Je n'ai rien contre le côté expérimental de DEP. Au contraire, je suis un fan absolu de leur album "Ire Works". Je me suis juste senti un peu déçu, sans doute trop impatient d'entendre du nouveau matériel. Ce titre est relativement bon, sans doute un des seuls audibles de l'album : une reprise rappée/hurlée d'une chanson de Public Enemy version trash barré, avec au rap Chuck D lui-même (de Public Enemy), c'est un exercice périlleux, et ici très joliment accompli. Bon, ceux qui voulaient vraiment entendre du Dillinger ne pourront que se passer en boucle les dix dernières secondes du morceau, et se rongeront les ongles en attendant un éventuel prochain album pour l'an prochain. Mais rétrospectivement, ma préférée de cet "album".

 Sans doute la meilleure et la plus honnête de l'album.

iwrestledabearonce "Uprising" : Vous vous souvenez de cette chanson ? "Uprising", c'est sans doute un titre moins parlant que, par exemple, "Black Holes and Revelations", mais c'est bien de Muse qu'il s'agit, et "Uprising", c'est ce morceau faussement groovy et ininspiré dans lequel est scandé toutes les trente secondes un "Come on !" aigu pompé sur le "Call Me" de Blondie. La reprise d'Iwrestledabearonce consiste grosso modo, durant plus de trois longues minutes, à rajouter un peu de batterie et à faire chanter le morceau par leur chanteuse. Le résultat est presque aussi chiant que l'originale. C'est l'inconvénient de la sculpture sur merde : même quand c'est fait avec amour, ça pue. Sur la fin, ils décident d'envoyer la purée, avec une bonne grosse double pédale, de la crash qui sonne, des gros kroum-kroum à la guitare, et du grunt. Le tout sans grande originalité. Mais au moins, ça nous a un peu réveillé.

Remplacez mentalement "Call Me !" par "Come On !" et devenez compositeur pour Muse. (Je préfère  mettre celle-ci : celle de Muse est trop chiante, et celle d'IWABO trop copiée sur celle de Muse.)

The Acacia Strain "War Pigs" : Prenez une chanson géniale de Black Sabbath, enlevez le côté "production du garage" et la mélodie vocale prenante d'Ozzy Osbourne. A la place, un "gros son à l'américaine" bien standard et des grrrrouuuu-grrrrouuuu monotones. Appelez ça comme vous voulez ; pour moi, c'est du putain de viol. Et huit minutes de viol, c'est insupportable comme une scène de couloir de métro filmée par Gaspar Noé.

 Mon chat est devenu émo après avoir écouté cette merde, et la Sécu ne prend pas les Valium en charge.

Periphery "One" : Il y en a qui n'ont peur de rien. Après nous avoir fait mourir de rire (hrem) avec leur poisson d'avril de "On joue en première partie de Lamb of God, Gojira et Meshuggah pour toute une tournée", ils me font à nouveau mourir de rire avec quelque chose qui est à mi-chemin entre l'hommage et le crachat à la gueule. Vous voulez écouter une bonne reprise de Metallica, les enfants ? Ben écoutez donc celle que Gojira a enregistrée de la chanson "Escape" : c'est couillu, bien construit, respectueux de l'originale, ça la rendrait presque meilleure. Vous, vous avez pris une des plus connues, mais la voix toute mignonne toute mélo de votre chanteur ne colle pas du tout avec l'ambiance de "One". Manquerait plus qu'un coup de vocoder à la Madonna, tiens. (Qu'on soit bien d'accord : je ne déteste pas plus Periphery que je n'idôlatre Metallica. Cette reprise est juste pitoyable : creuse, déplacée, elle perd tout ce que l'originale apportait sans contribuer en rien au "son Periphery". Le groupe sombre même trop souvent dans la pâle copie, de la partie de chant "vénèr" au solo de guitare copie-calque.)

Haters gonna hate.

The Ghost Inside "Fortunate Son" : Prenez une chanson géniale de Creedence Clearwater Revival, enlevez le côté "production du garage" et la mélodie vocale prenante de John Fogerty. A la place, un "gros son à l'américaine" bien standard et des grrrrouuuu-grrrrouuuu monotones. Appelez ça comme vous voulez ; pour moi, c'est du putain de viol. Heureusement dans un format plus réduit cette fois-ci.

re-*soupir*

Winds of Plague "For What It's Worth" : Oh tiens, du metalcore pour adolescents attardés. Zut, moi qui pensais qu'il n'y en aurait pas. Et une réinterprétation d'une des plus belles chansons jamais écrites, sans même le petit vibrato sur cette fameuse mélodie bitonale à la guitare, ni même la moindre mélodie vocale sur le refrain.

Prêts à gâcher encore 160 secondes de votre précieuse vie ?

Misery Signals "Us and Them" : Incroyable. Je m'attendais à ce que cette chanson soit la plus merdique de tout l'album, et c'est en fait la mieux réussie ex-aequo avec celle de Dillinger. Une reprise honnête, sans prétention, mais qui ose ajouter quelque chose à l'originale, jouant dans un registre metal prog (avec des faux airs d'Ayreon sur le milieu)... En fin de compte, et contre toute attente, il y a deux chansons à garder dans cet album. On croiserait presque les doigts pour une troisième.

Wouah. Reprendre du Pink Floyd sans l'insulter, ça tient presque du prodige.

Arsonists Get All the Girls "Masters of War" : Que dire ? Une reprise quelque part entre le deathcore, le reggae, le smooth-jazz et le black-metal d'une chanson de Bob Dylan. Surprenant, puis distrayant, puis... Qu'en penser vraiment ? Au moins, c'est plus qu'une réinterprétation. Etait-ce une bonne chose ? Bonne question. Les plus iconoclastes risquent d'aimer ; les plus passéistes vont se tordre de douleur. Je suis quelque part au milieu, dans le camp des pas-tout-à-fait-convaincus. Il faudra que je jette une oreille à ce groupe, dont les compos originales risquent de fleurer bon le War From A Harlot's Mouth et le Grotesque Through Incoherence.

Not bad, boys. Not bad.

Oceano "War" : Bon, OK, les reprises trop ressemblantes aux originales sont chiantes, mais là... Une chanson de deathcore, qui envoie pas mal, pas non plus révolutionnaire, mais pas mal du tout... Quoi ? C'est celle d'Edwin Starr ? Celle qui avait été reprise par Frankie Goes To Hollywood ? Ah. On frôle le hors-sujet, là, non ? Moi aussi, je peux le faire. La prochaine fois, Oceano gueulera "One more time" et clamera que c'est une reprise de Britney Spears.

Je préfère encore vous mettre l'originale, tiens.

Veil of Maya "Sunday Bloody Sunday" : Veil of Maya. Le groupe qui joue le mois prochain avec The Faceless, Gorod et Born of Osiris. Du gros death technique et mélodique qui tâche et qui retourne la cervelle. Qui aurait pu penser que ce serait une bonne idée de leur faire reprendre du U2 ? Eh bien, au moins eux, faut croire. Le résultat est à la hauteur de mes espérances : une chanson pas très inspirée, qui reprend trois mots et un riff de guitare et appelle ça une "reprise", alors que c'est plus probablement un fourre-tout de morceaux de chansons qui ne sont pas sur leurs albums.

Dieu, que c'est nul.

Trois chansons à récupérer sur un disque qui en compte onze, cela suffit-il à en faire un disque de merde ? Non. En revanche, cette façon qu'ont eus à la fois les producteurs du jeu et la plupart des groupes qui ont participé à la bande-son de sauter sur une occasion de se faire du fric comme des mouches sur un morceau de viande pourrie ne font pas de cet album un meilleur produit que, par exemple, l'OST de "Resident Evil : Afterlife". Autant dire : un gros tas de merde que je n'aurais pas voulu acheter. Pour le reste, ma foi... Faut bien bouffer, hein...

J'ai déjà quelques idées pour la bande-son de Homefront 2 :
Tesseract "Take the Power Back" (Rage Against The Machine cover)
Serj Tankian "Run Like Hell" (Pink Floyd cover)
Attack Attack "Fight for your Right (to Vomit)" (Beastie Boys cover)
Si vous en avez d'autres, n'hésitez pas. En attendant, il va me falloir un bon Volumes pour oublier tout ça. Et un ou deux litres de bière.

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