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jeudi 31 mars 2011

The Dillinger Escape Plan


Nous avons hérité des Beach Boys, des Beatles, de Pink Floyd, Jimi Hendrix, Led Zeppelin, Iron Maiden, Motörhead, Kiss, Metallica, Slayer, Mayhem, Death, Morbid Angel, Celtic Frost, Sepultura, Blind Guardian, Meshuggah, Emperor, Fear Factory, Cynic, Therion, Neurosis, Dimmu Borgir, Septic Flesh, Paradise Lost, In Flames, My Dying Bride, Opeth, Tool, Slipknot, Gojira, KoRn, Finntroll, Isis, Limp Bizkit, Cult of Luna (bien sûr, j'en oublie)... Mais qu'allons-nous laisser ? De quels groupes actuels se souviendra-t'on dans vingt ans ? Quels groupes de metal actuels sont réellement en train de marquer leur temps ?


Sans doute pas eux, en tout cas.

J'ose espérer que The Dillinger Escape Plan fait partie de ces groupes dont on parlera encore dix ans après leur disparition, qui auront marqué véritablement la culture metal, laissé leur empreinte, car ils ont plus fait pour le style que simplement l'explorer : ils y ont créé un son radicalement nouveau. Les deux démos "The Dillinger Escape Plan" (1997) et "Under the Running Board" (1998) offrent une petite révolution esthétique : le hardcore, plus proche du punk que la relativement récente vague metalcore, dans lequel le jeune groupe Etats-Unien officie, est teinté d'une complexité semblant emprunter au jazz et au metal progressif. Le deuxième, notamment, fait montre d'une technicité qui conquiert certains auditeurs et en laisse pas mal d'autres sur le carreau.

Huit minutes de talent.

L'année suivante, TDEP affirme son style dans son premier album, "Calculating Infinity", une petite bombe (37 minutes à peine, hélas), intense et déstructurée. Rythmiques et riffs improbables, interlude jazzy, constructions et arrangements surprenants mais efficaces : la chanson qui ouvre l'album, "Sugar Coated Sour", met tout de suite dans le bain. Le reste de l'album ne déçoit pas ; mélange savamment dosé de violence metalcore ("Destro's Secret"), de délicate obscurité bien crissante ("Jim Fear", "Clip the Apex") et de passages progressifs voire ambiants ("#", "Calculating Infinity", "Weekend Sex Change"), l'opus entier se montre novateur, inspiré, et nous emporte dans une sorte de joyeux chamboule-tout qui s'affranchit des limites du style.

"Sugar Coated Sour" : et pan ! dans ta gueule.

Le groupe fait les premières parties de Mr Bungle, dont le frontman, l'extraordinaire Mike Patton, ancien Faith No More et musicien de génie, est impressionné par leurs performances. C'est en collaboration avec lui qu'ils sortent en 2002 l'EP quatre titres "Irony is a Dead Scene", dans lequel le groupe s'ouvre à de nouvelles sonorités, réhaussant leurs compos de parties de chant (le prenant refrain et la dernière minute de "Hollywood Squares"), de riffs rock tranchants ("When Good Dogs Do Bad Things") et d'expérimentations diverses (l'ambiance dark-cucaracha de "Pig Latin"). La reprise de "Come to Daddy" d'Aphex Twin, qui conclut cet EP, ne jure pas avec le reste : elle n'est pas un petit coup de pub gratos mais un véritable effort collectif.

"Pig Latin", un drôle de mélange. Comme on aime.

Cette collaboration a clairement orienté le groupe et lui a permis de se forger sa personnalité à venir. Bien sûr, pas question d'oublier le plaisir de grosses incursions mathcore frénétiques, mais le groupe a maintenant envie de fouiller dans tout plein de directions. "Miss Machine", le deuxième album du groupe, sort en 2004 et met beaucoup de gens d'accord : il y a dans cet album une créativité incroyable, un sens mélodique superbe, le tout dans un mathcore moins chaotique, plus soigné, jouant plus avec l'émotion, presque vibrant. La grande force de Dillinger Escape Plan se bâtit avec cet album : la rage frénétique prend du volume, transmet de fortes émotions (le groupe se permet même d'en rajouter dans des compositions plus calmes et mélancoliques : le milieu de "Sunshine the Werewolf", "Phone Home", le milieu de "We Are the Storm", et n'oublions pas la superbe "Unretrofied", sorte de slow de l'album), les influences s'élargissent (par exemple, des bons riffs de rock bien gras viennent "aérer" certaines chansons, dont "Highway Robbery" -- mon Dieu, ce riff de basse ! -- ou "Setting Fire to Sleeping Giants") : après avoir largement contribué a créer un style, TDEP l'intègre à une musique nouvelle, violente et subtile, à écouter sur plusieurs plans. Seul le grandiose magazine Rolling Stones n'a pas su le percevoir, concluant quelque chose du genre "mettez-le pour faire fuir un dictateur du Tiers Monde, mais ne l'écoutez pas chez vous". Bah alors, les mecs, on manque de subtilité ?

"Highway Robbery" -- un adoucissement qui n'en est pas vraiment un. Dillinger sait toujours taper là où ça fait mal. Seulement, il ne fait plus seulement ça...

La volonté expérimentale du groupe explose dans "Ire Works", sorti en 2007, qui est paradoxalement adoré par la presse quasiment unanime, parfois par les mêmes personnes qui trouvaient "Miss Machine" trop indécis. Pourtant, ce troisième album est un magma d'influences, d'essais, de trouvailles, dans lequel aucun titre ne ressemble vraiment à un autre. Certes, il nous reste quelques détonations mathcore pas piquées des vers auxquelles se raccrocher (à commencer par les deux premières de l'album, "Fix your Face" et "Lurch", ainsi que "Nong Eye Gong"), mais on se régale également avec la superbe "Black Bubblegum" et ses parties de chant clair plus que touchantes, les digressions électro qui viennent enrichir le son de "Sick on Sunday" et "When Acting as a Wave", le rock américain gluant et emportant de "Milk Lizard", l'instrumentation au piano et à la flute de "Dead as History", les voix post-Patton de "Horse Hunter", et pour conclure ces trente-huit minutes de folie maîtrisée et d'émotion lourde, le groupe nous balance "Mouth of Ghosts", une superbe escapade progressive et jazzy de quasiment sept minutes, et une immense claque. L'album est dense, beau, profond, recherché, varié, et en plus, il se conclut sur cette magnifique chanson arrache-coeur, à vous tirer les larmes et vous nouer les tripes.

"Dead as History", une explosion de beauté rauque, osée, mais sans artifices.

Difficile de croire que le suivant sera aussi grand. Et les trois longues années d'attente du successeur de ce petit bijou qu'est "Ire Works" ont été presque des années d'angoisse et de peur de la déception. Sauf que The Dillinger Escape Plan est véritablement un grand groupe : inspiré, novateur, et qui sait se renouveler tout en laissant son empreinte. En 2010, "Option Paralysis" enfonce encore le clou (comprenez : "tape tellement fort que même la tête dudit clou s'enfonce dans le bois"). Qu'est-ce qui a véritablement changé ? En fin de compte, pas grand chose. TDEP est toujours ce mélange de mathcore (comme les fois précédentes, les deux premières minutes de l'album sont un concentré de furie), de rock (le refrain de "Gold Teeth on a Bum", notamment) et de progressif aux pointes jazzy ("Endless Endings", imparable autant au niveau mélodique qu'au niveau technique), et aux sonorités parfois un peu électro, parfois classiques (la sublime partie de piano jazz sur "Widower"). Il va peut-être un peu moins loin dans certains délires expérimentaux. Mais il fait encore mieux, toujours mieux ; les mélodies vrillent toujours plus la tête, la beauté et la profondeur des chansons mettent toujours de plus grosses claques. Difficile d'en dire plus : une simple analyse technique serait sans doute bien trop froide, stérile, improductive. Ecoutez-le. C'est tout.

"Chinese Whispers". (J'entends "Zeuhl !" au fond de la salle. Bien, je vois qu'il y en a qui suivent.)

The Dillinger Escape Plan a fait un art de sa magie toute personnelle, qui consiste à changer l'âpreté en beauté. En concert, toujours aussi déchaîné et puissant ; sur album, toujours plus beau et envoûtant. Un groupe qui a déjà influencé énormément d'autres groupes et artistes, qui continuera sans doute à nous toucher, et (allez savoir) qui survivra peut-être à la déferlante de nouveaux -- nouveaux groupes, nouveaux genres, nouveaux sons ; parce que, comme peu, bien trop peu, parviennent à le faire, The Dillinger Escape Plan fait de l'art, celui qui vous prend et vous remue de l'intérieur, celui qui fait l'amour avec votre hémisphère droit.

Clip officiel de "Farewell Mona Lisa". Petit cadeau de fin de chronique.



Leur page sur le site de leur label Relapse Records :

1 commentaire:

Anonyme a dit…

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