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lundi 30 mai 2011

Live review : Chinese Man (19/05/11, Le 106, Rouen)


Exceptionnellement, je suis allé à un concert sans vraiment connaître le groupe. Du peu que j'en avais entendu, j'étais un peu mitigé, car tout le monde me passait en boucle cette reprise du "Pudding à l'Arsenic" d'Astérix et Cléopâtre qui, à force, me sortait par les oreilles, ainsi qu'un morceau de hip-hop mid-tempo mélangé à des chants choraux et dub étranges (je me suis rendu compte plus tard, avec une certaine honte, qu'il s'agissait d'une collaboration avec Bionic Mac Sound sur la chanson "Washington Square" du premier volume des "Groove Sessions") et, d'un autre côté, deux ou trois petites tueries d'électro/hip-hop super-inventif.


Je n'y suis pas allé à reculons, malgré la fatigue causée par l'intense concert de la veille (Septicflesh et Svart Crown, juste en face, dans la petite salle), mais sans trop savoir à quoi m'attendre. Au nom, déjà, je m'imaginais un mec tout seul qui fait joujou avec trois ordinateurs portables et une table de mixage branchés les uns aux autres dans un capharnaüm filaire indescriptible, et avec sans nul doute quelques origines asiatiques ; ben non : le Chinese Man est en fait une hydre à quatre têtes (cinq en comptant le chanteur, quelque part entre rap et ragga, qui n'est pas là sur tous les morceaux) blanche comme un lapin albinos qui ferme les yeux sous une tempête de neige. Première surprise... Mais l'heure et demie de concert (qui a suivi une première partie si géniale que j'en ai oublié jusqu'au nom) a été une longue suite de bonnes surprises.

Les quatre joyeux drilles au 106 (crédit photo : Ashen).

Chinese Man en concert, c'est vraiment quelque chose, pour jouer dans le lieu commun ; mais je ne pense pas qu'il y aura grand-monde pour affirmer le contraire parmi le millier de personnes qui ont rempli la grande salle du 106 ce soir-là. Derrière les quatre DJs, leurs platines et leurs Mac Book, des cinématiques captivantes se déroulent sous nos yeux. Les ambiances visuelles sont variées, à l'image des paysages sonores sans cesse renouvelés que le quatuor développe : sur une chanson, un long travelling surréaliste sur un paysage noir et ocre où les rochers lévitent et le décor implose ; pour en accompagner une autre, de petites boules de poils bondissent sur une Little Big Planet chatoyante et chantent à côté d'un rappeur bizarrement sérieux ; sur une autre encore, la musique faussement douce est accompagnée par le dessin animé froid et anguleux d'une insurrection populaire, feu d'artifice bleuté de bris de verre et lever de poings dans la fosse.

Cet accompagnement visuel contribue à une sorte de mise en trance très particulière ; en effet, le groupe interprète ses compositions les unes après les autres, comme dans un concert plus traditionnel, sans chercher le rythme qui percute à tout prix, sans vouloir enchaîner les sonorités sans temps mort, et c'est tant mieux. Certaines chansons mid-tempo ont un rendu excellent sur scène, et l'immense variété des chansons, de la moins originale ("Artichaut", un mélange électro/swing vu et revu, notamment du côté de l'excellent combo nantais C2C, et probablement le seul bémol, à mon sens, en une heure et demie de concert) à la plus barrée (quelque part entre la musique classique, le breakbeat, la dubstep et le jazz), ajoute encore au charme général du concert, surprenant quasiment de bout en bout ; il n'y a que la reprise du "Pudding à l'Arsenic" à laquelle on s'attendait vraiment en rappel.

Crédit photo : Ashen.

A une petite, minuscule chanson près, donc, c'est une avalanche d'inspiration, sur les plans musical et visuel, qui nous a roulé dessus et nous a laissés amorphes, en sueur, et de grands sourires extatiques collés aux trognes. Pour ma part, je vais reprendre un peu de "Racing with the Sun", leur dernier album, une petite tuerie.

Merci Seigneur.

...ben quoi, je ne l'ai pas encore dit dans cet article ? Ah non, tiens : après avoir soudé les deux opus des "Groove Sessions", datant respectivement de 2007 et 2009, et apprécié ce côté trip-hop bien plus appuyé qu'en live, réhaussé par des échantillons de son provenant autant de musiques indiennes ("Indi Groove", "Calling Bombay") que de rock progressif old-school (ah, cet extrait de "Moonshine" de King Crimson sur l'intro du deuxième ! et ce vieux synthé tiré de Pink Floyd dans "Searching for the Space Monkey", ô joie !), entre beaucoup d'autres, je me suis plongé dans leur petit dernier, sorti en début de cette année 2011. Et, comment dire ?

"Paf." serait probablement une bonne description. ("Stand!", encore meilleur en concert.)

Après une introduction hip-hop mid-tempo étrangement mélodique, qui pose déjà quelques briques d'un édifice à la croisée des chemins entre les musiques électroniques (et dérivées) occidentales et les mélodies du Soleil Levant, Chinese Man nous déballe son talent sans prétention, dans une délicate orgie sonore d'une qualité encore mille fois supérieure à celle des "Groove Sessions". Je ne vais pas répéter ce que j'ai dit plus haut concernant le style hybride du groupe, juste préciser que le meilleur de Chinese Man est sur cet album, excellent de bout en bout, bien plus cohérent que les opus précédents, groovy et accrocheur, sans temps mort, du dub piano de "One Past" au happy hip-hop (comme on parle de happy hardcore) de "Get Up" en passant par le hip-hop à la sauce taïwanaise de "Miss Chang". Ces Marseillais ont créé leur style propre, un mélange de genres qui ne ressemble à aucun genre.



Site officiel : http://www.chinesemanrecords.com/

Merci à Ashen pour l'utilisation de ses clichés dans cet article. Pensez à jeter un œil à ses autres photographies et live reports.

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