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jeudi 7 juillet 2011

Album en or : Ayreon, "Into The Electric Castle"


On ne peut pas parler d'un groupe pour décrire Ayreon, car il s'agit en fait d'un homme tout seul, Arjen Anthony Lucassen, sorte de néerlandais fou, qui invite divers musiciens et chanteurs pour chacun de ses albums, quasi-exclusivement des concepts-albums dont les histoires sont reliées les unes aux autres (des riffs et des lignes de chant d'un album peuvent brièvement réapparaître sur un autre, ou un personnage peut être recroisé dans une autre histoire). Il serait tentant de parler de l'ensemble de la carrière de cet étrange personnage, dont les expérimentations artistiques, quelque part entre le heavy mélodique et le rock psychédélique, ont débouché sur des albums tous plus variés et originaux les uns que les autres, opéras-rock qui ont réinventé l'opéra-rock, et briques d'un projet global à l'ambition folle. Cependant, un album en particulier est digne du plus grand intérêt : c'est son troisième opus, son deuxième concept-album, et sa première œuvre qui ne tient pas sur un seul disque. Cet album incroyable s'appelle "Into the Electric Castle", et il est sorti en 1998.

Pourtant, ç'a été une année horrible sous plein d'autres aspects.


A chaque écoute, cet album me fait frissonner... Et pourtant, Dieu sait que je l'ai écouté, un nombre incalculable de fois, à un tel point que, si je l'avais possédé en vinyle, il sonnerait maintenant comme un mix de noise/indus. Qu'est-ce qui peut bien faire que, treize ans après sa sortie (et donc, treize ans moins deux jours avant que je ne jette l'oreille dessus), cet album me fasse autant vibrer, alors que les deux volumes de "Universal Migrator", sortis respectivement deux et trois ans plus tard, ont, malgré leurs qualités indéniables, fini par me lasser un peu plus ?

Ils n'avaient pas de chanson comme celle-ci, peut-être. ("Isis and Osiris", une belle façon de commencer un album, après une petite introduction space.)

Il y a bien sûr l'incroyable qualité des musiciens et chanteurs invités. Commençons par les chanteurs, dans le désordre : Fish, ancien chanteur du grand groupe de rock progressif Marillion, qui avait notamment sublimé les deux albums immortels "Script for a Jester's Tear" et "Misplaced Childhood" ; Anneke van Giersbergen, grandement révélée la même année par "How to Measure a Planet ?", le superbe cinquième album du groupe de metal/rock atmosphérique The Gathering ; la magnifique Sharon den Adel et son chéri Robert Westerholt, tous deux de Within Temptation ; Peter Daltrey, dont le groupe Kaleidoscope a réussi à rester dans les mémoires avec seulement deux albums, dont le premier, le très beau "Tangerine Dream", a probablement soufflé son nom au fameux groupe d'ambient qui est né la même année, soit en 1967 ; Damian Wilson, qui officiait alors dans Threshold ; Edward Reekers, connu principalement pour avoir été le chanteur de Kayak ; le relativement inconnu Jay von Feggelen (vous avez déjà entendu parler du groupe Bodine, vous ? -- comment ça, "de Threshold non plus ?", bande d'ignares) ; Edwin Balogh (même remarque : vous connaissez Omega, vous ? -- quoi ? Kayak non plus ?!) ; cette joyeuse bande étant complétée par Arjen Anthony Lucassen lui-même, qui, en plus d'être multi-instrumentaliste, compositeur, arrangeur et parolier, sait très bien chanter.

Une belle brochette de gens talentueux...

Pour que vous compreniez mieux pourquoi tous ces chanteurs z'et -teuses, je dois vous expliquer que "Into the Electric Castle" est un concept-album, qui raconte l'histoire de huit personnes de différentes régions du monde et époques de l'Histoire du monde, propulsées par une entité extraterrestre mystérieuse (nommée plus tard "Forever of the Stars") sur une planète étrange, sur laquelle ils devront tracer leur route jusqu'au Château Électrique où ils trouveront, peut-être, le passage qui leur permettra de rentrer chez eux. C'est guidés par cette étrange voix (celle, grave mais aérienne, de Peter Daltrey) que les huit personnages, de l'Egyptienne du temps des pharaons (Anneke van Giersbergen, grandiose comme à son habitude) à "l'homme du futur" (Edward Reekers), en passant par le hippie allumé des seventies (Arjen Anthony Lucassen) et le Highlander (Fish, magistral), vont partir dans une aventure où ils vont se joindre, s'opposer, se soutenir, désespérer, craindre, se réjouir, baisser les bras, voire mourir (je ne spoilerai pas, mais sur les huit personnages humains, quelques-uns vont effectivement moins loin que les autres, l'un d'entre eux "accueilli" par la Mort en personne, incarnée par Robert Westerholt). Quelque part entre les apartés théâtraux ("Amazing Flight", "The Garden of Emotions"), les joutes verbales toutes en finesse ("The Garden of Emotions" également, le superbe duel de "The Mirror Maze" dans lequel chacun reprend sur les dernières syllabes du précédent) et les chœurs grandiloquents ("The Decision Tree", "Across the Rainbow Bridge"), chaque chanteur va au bout de son personnage en le faisant évoluer avec cohérence et, parfois, véhémence ou grandiloquence. C'est un véritable opéra-rock que nous recevons là : chacun représentant un aspect particulier de l'esprit humain, les huit se tournent autour, se découvrent, se cherchent ; certains mourront en route, d'autres se feront emporter par leur ego, mais c'est toujours une humanité complète, honnête, complexe et incandescente, que nous décrit cette pièce intelligente et pertinente.

"The Garden of Emotions", un condensé d'Humanité.

La liste des instrumentistes est moins impressionnante dans le sens où elle compte beaucoup de joueurs méconnus, hormis l'incroyable Arjen Anthony Lucassen lui-même (guitare, mandoline, basse, Mellotron, Minimoog et claviers... rien que ça), le batteur Ed Warby de Gorefest (un groupe pionnier du death-metal néerlandais) et quelques invités occasionnels, dont Clive Nolan du groupe de progressif Arena pour un solo de synthé sur "Amazing Flight"... mais, connus ou pas, tous ces musiciens ont un niveau extraordinaire. Tout est carré, précis, émotif ; chacun joue de son instrument avec une véritable sensibilité, dévoué corps et âme à cette pièce musicale ambitieuse et folle, au service le plus total d'un metal progressif riche, empruntant autant à la grandiloquence du heavy symphonique ("Cosmic Fusion", "Evil Devolution") qu'au charme en demi-teinte d'un rock progressif racé (jusqu'aux solos de flûte traversière, dans le plus pur esprit d'un Jethro Tull), collant à la quasi-perfection aux émotions et aux personnalités de chacun (du ravissement du hippie dans "Amazing Flight" à la tristesse mystique de "Valley of the Queens", en passant par la déferlante de ressentis complémentaires de "The Garden of Emotions"), et nous réservant de superbes moments, prenants et électriques (les onze minutes de "Isis and Osiris", la grandiloquente "Across the Rainbow Bridge", la superbe et funéraire "Valley of the Queens"...).

Si vous comprenez bien l'anglais, cette chanson vous révèlera l'identité d'un des personnages qui meurent avant la fin. ("Cosmic Fusion", avec la Mort en guest.)

Il n'y a au final aucun moment creux à déplorer dans ce double album d'une heure trois quarts, qui nous mène de surprise en surprise et de rebondissement en rebondissement, jusqu'à ce que le discours final de "Forever of the Stars" nous fasse comprendre le sens de toute cette épopée étrange, mélange improbable de parabole spirituelle et de science-fiction élaborée. Il serait malgré tout mal placé de ma part d'affirmer qu'aucun autre album d'Ayreon ne vaut l'écoute. Une palanquée de musiciens et chanteurs incroyable (dont Bruce Dickinson, chanteur d'Iron Maiden, et Michael Romeo, guitariste de Symphony X, sur "Universal Migrator Part II : Flight of the Migrator" ; Daniel Gildenlöw, chanteur de Pain of Salvation, sur  "01011001" ; James LaBrie, chanteur de Dream Theater, Mickael Akerfeldt d'Opeth et Monsieur Devin Townsend sur "The Human Equation"...) a participé aux autres albums d'Ayreon, toujours réalisés avec un grand brio et une inspiration immense et provocante (notamment, encore une fois, les deux parties de "Universal Migrator", la première très mélancolique et calme, la seconde spatiale et heavy-metal à souhait). Pourtant, "Into the Electric Castle" restera un projet à part dans la carrière d'Arjen Anthony Lucassen, un voyage unique, incroyablement prenant, dont certains passages sont intemporels.



Site officiel : http://www.ayreon.com/

1 commentaire:

Anonyme a dit…

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