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mardi 22 novembre 2011

Superscream


Il me semble plutôt normal que je parle beaucoup de groupes locaux, non ? Celui qui est l'objet de cette chronique va à la fois renouer avec cette tradition de mise en valeur de la création péri-rouennaise et renier mon désamour flagrant du metal progressif. Parce que Superscream, ce n'est pas un groupe de progressif comme les autres.

...car je ne m'amuserai pas à vous ennuyer avec n'importe quoi non plus.


Que je m'explique : le metal progressif fut mon point d'entrée dans le metal, parce qu'il en faut bien un. J'ai passé plusieurs années de ma prime adolescence à glouglouter dans un bain de nappes de synthés, de grosse caisse sous-mixée et de chants aux trémolos exagérés, des caricaturaux Pendragon aux plus fins Angra en passant par Symphony X, Stratovarius et tout un tas de groupes plus ou moins moyens dont l'évocation me grattouille maintenant la gorge. Soyons clairs, je n'arrive plus à montrer la moindre objectivité en parlant du heavy progressif, parce que malgré de longues années passées à en écouter et à m'affûter l'oreille dessus, je ne trouve une véritable subtilité dans la façon de faire que chez de très rares groupes : le Angra d'entre "Holy Land" et "Fireworks", Pain Of Salvation et son sublime "The Perfect Element Part I", et probablement deux/trois autres.

En sciences, la preuve par l'exemple n'est pas tolérée. En musique, elle marche très bien : voici "Ashes" de Pain Of Salvation, sur leur chef-d'œuvre "The Perfect Element Part I".

Remarquons que les albums que je viens de citer ont en commun d'intégrer des influences autres que celles du progressif orthodoxe lancé par les excellents mais, disons-le, désormais âgés Dream Theater. On peut dire qu'un groupe n'est plus actuel sans totalement le dénigrer ; de même, j'affirmerai qu'une musique a vite fait de devenir ennuyeuse dès lors qu'elle ne fait aucune irrévérence à ses aïeux. Tenter de reproduire la "pureté" d'un style, si tant est que cela veuille déjà dire quelque chose, mène à un inexorable appauvrissement culturel, parce que la culture passe par la création, le renouveau, l'hétérodoxie. C'est pourquoi l'immense majorité des groupes vantés en ces pages se caractérise par le mélange d'influences, l'exploration, voire même le je-m'en-foutisme formel (qui n'exclut pas forcément le savoir-faire, ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit).

Un exemple parfait de ce mélange d'innovation, de précision technique et de rien-à-branler conceptuel que j'affectionne tant.

Superscream est un groupe de metal progressif. Au sens premier du terme : une musique non figée, mouvante. Quelque chose d'évolutif. Quelque chose qui sort des sentiers battus. Ce ne sont pas des défenseurs du "truemetalprog", Dieu nous en garde : ce prog-là est né il y a plus de quarante ans, alors ce serait ridicule de ne pas en faire quelque chose de neuf. Au contraire, cette jeune formation (âgée de deux ans à peine) se montre à la fois révérencieuse et hérésiarque en fusionnant avec la plus grande précision technique, dans son premier album, le bien nommé "Some Strange Heavy Sound", le heavy progressif et différentes branches de la world-music.

"Blind Justice". Une grosse, grosse réussite.

Cette simple idée est plutôt géniale : après tout, quoi de mieux que la chaleur du flamenco ("Blind Justice"), des percussions d'inspiration nord-africaine (qui débarquent dès le premier titre "Combattant" et reviennent notamment dans "Past the Shore") et autres pour raviver et enrichir un style parfois si technique qu'il en devient froid aux oreilles non habituées ? Mais au-delà de l'idée, il y a la façon dont elle est appliquée, et à ce niveau, la critique est très difficile. On sent que les musiciens sont expérimentés, et ils le montrent autant dans le progressif standard (les rythmiques et arrangements de "Point of No Return", le double solo de guitare et les chants trou-métôhl de "Star of Venus") que dans les fusions diverses (même les inspirations smooth jazz de "Flaw in the Plan" sont bien gaulées).

Clip officiel de "Metal Sickness", prix du meilleur clip vidéo au festival 2011 de l'horreur et du fantastique de Rouen. La chanson, en revanche, est une des moins métissées, donc pas forcément la plus intéressante.

Les arrangements sont fins, surprenants sans sombrer dans l'incohérence ; les morceaux sont variés mais conservent une inspiration et une ligne directrice ; je me suis même surpris à apprécier quelques minutes de progressif pur, les quatre premières de "Fool Souls", coincées quelque part entre la finesse mélodique et la richesse émotionnelle d'un Pain Of Salvation et les constructions d'un Dream Theater, et si les deux premières minutes de l'album, à première écoute, m'avaient un peu fait peur, les dix dernières m'ont profondément touché. Superscream fait mieux que se tenir droit et fier sur le fin filin de fer suspendu entre les deux terres a priori lointaines du heavy et de la world music (ce qui, en soi, est déjà un exploit) : il rend hommage à chacun de ces styles, en créant une musique qui n'appartient à aucun genre et, j'allais oublier, dans un album au mixage et au mastering qui sortent vraiment du lot -- difficile de sentir que ce premier album autoproduit est, justement, un premier album autoproduit.

Bon, qu'est-ce que vous attendez pour effrayer vos chats ?




Site officiel (en préparation) : http://superscream.com/


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