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mardi 7 décembre 2010

Ira


Courant d'année 2005. Je découvre par hasard un groupe de postrock/postcore, au nom tellement court qu'il en est d'autant plus introuvable sur la Toile. J'en ai juste une chanson, que j'ai récupérée par hasard sur le site d'un obscur label allemand, majoritairement punk, nommé Go-Kart Records. La chanson s'appelle "Disappear", elle dure quinze minutes, et elle est une petite merveille ; rien de plus, rien de moins.

Loin du poum-tchak-poum-tchak qui constitue 90% des releases du label, "Disappear" est une superbe mélopée postcore ; elle débute par un long passage ambient où plusieurs couches de voix superposées, chantant délicatement "Come closer to me", posent une ambiance pleine d'une mélancolie palpable, à la beauté prenante ; puis les guitares et la batterie s'imposent, alourdissent, sans jamais agresser, sans non plus violer la délicate beauté fragile de la mélodie qui évolue, se métamorphose, me glisse entre les doigts puis revient s'imposer de plus belle, appuyée par la superbe voix du chanteur qui me donne des frissons ; la partie rythmique s'allège, un souffle d'air frais passe, je distille le poids émotionnel de ce que je viens de recevoir, comme à la fin d'un Little Miss Sunshine ou d'un American Beauty, je m'assieds un peu, mes yeux s'embuent ; et déjà la machine repart, petit à petit, retombe, remonte un peu, puis la déflagration ; les explosions de voix du chanteur me vrillent délicatement le coeur, "Let me wake up !", la profondeur douce-amère des riffs font rentrer ma chair et mon âme en résonance, une déferlante d'émotion pure me chavire et me transfigure. La chanson se termine, un quart d'heure vient de passer comme une seconde. Je suis serein, plus que jamais.

Fin 2007. "Disappear" est tombée dans un relatif oubli, alors que je la connais par coeur de l'avoir écoutée des centaines de fois, et le disque dur sur lequel elle est soigneusement rangée rend l'âme. Plusieurs fois dans les deux années suivantes, je recherche cette chanson, je veux retrouver ces émotions, reprendre cette tornade de belle mélancolie et de douloureuse espérance en travers de la gueule, mais mes souvenirs se diluent dans les méandres de mon esprit.

"Soil", qui introduit "The Body and the Soil".

Et puis il y a cette soirée, il y a quelques mois. L'ambiance est zen. Assis en tailleur dans notre salon, nous écoutons du Neurosis, du Transmission0, et le déclic. Je me souviens d'un groupe, avec un nom très court, signé sur le même label que Transmission0. En quelques clics je le retrouve. Tout leur premier album, "The Body and the Soil", est à l'écoute sur leur site. "Disappear" fait partie de la liste. Je clique sur Lecture, et toutes les émotions reviennent. Je retrouve cette béatitude étrange qui m'avait sauvé tant de soirs du spleen, autrefois. Elle est toujours la même, malgré mon évolution (ou mes évolutions). Elle appartient à la musique, pas à moi. J'accepte uniquement d'en être le vecteur. Avec les plus grandes délices.

L'album devient un incontournable dans ma discothèque ; je l'écoute des dizaines de fois, sans jamais le sentir s'affadir. Je ne m'en lasse pas ; impossible. Il est pour moi le point d'équilibre parfait entre l'étrange clarté du post-rock et l'âpreté douceâtre du postcore, une longue scène d'amour torride entre Cult of Luna et Mogwaï avec Michel Gondry derrière la caméra. Je me dis : "Il faut que tu en parles, il faut qu'ils écoutent, au cas où ça puisse leur plaire, il ne faut pas qu'ils passent à côté", et en effectuant quelques brèves recherches pour l'article, j'apprends que le groupe a sorti un deuxième album l'an dernier.

Ira, né en Allemagne en 2003, qui a sorti un des plus grands chefs-d'oeuvre de l'histoire du postcore seulement deux ans plus tard, a rembrayé avec un autre album, quatre ans plus tard, et je ne l'ai pas encore écouté ? Je m'empresse de rattraper ce retard, et accuse le coup avec une certaine surprise. On dirait que la moitié du couple fusionnel du premier album s'est rhabillée, mais que l'autre se masturbe en bas nylons dans une suite princière sous l'objectif d'Andrew Blake. Le son est résolument post-rock, plus propre, mais les émotions sont toujours là, sous une autre forme, plus léchée, moins pesante -- ce qui donne paradoxalement à "Visions of a Landscape" une beauté plus discrète, abritée sous les replis d'un style plus "conventionnel", moins tape-à-l'oeil, mais où les influences seventies et progressives ressurgissent agréablement.

"Drop of Irony", sur "Visions of a Landscape".

Au souvenir du premier album, un semblant de nostalgie surgit, qui s'éteint en moi aussi vite qu'elle s'était éveillée : tout d'abord sous les cris de ma raison, qui argumente que faire une copie de "The Body and the Soil" n'aurait eu aucun intérêt, puis sous les ronronnements de mon émotionnel, qui se délecte de cet album qui apporte sa touche inimitable au style. Le troisième album est attendu pour l'an prochain... Je ne sais pas ce que ça pourra bien donner, mais je serai là pour l'accueillir.



Impossible de mettre la main sur une vidéo de "Disappear", mais vous pouvez écouter l'intégralité du premier album (entre autres) sur le site officiel : http://www.iraism.com

MySpace officiel : http://www.myspace.com/irarock

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