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lundi 1 août 2011

Live review : Neurosis + Amenra (23/07/11, La Machine du Moulin Rouge, Paris)


Drôle de salle que la Machine du Moulin Rouge, qui au final n'est que l'ancienne Loco, ravalée par le Moulin Rouge voisin, et assorti au dit Moulin pour l'occasion… grâce à de superbes rideaux rouges. Non, pas de danseuses aux seins nus pour les concerts. Dommage : avec Radium et Maissouille qui y passent à la mi-septembre, ça aurait donné un spectacle franchement unique et irrésistiblement comique. La disposition n'a, pour le reste, pas changé d'un poil ; autant dire que la Machine du Moulin Rouge est un capharnaüm extraordinairement mal conçu, et que je te mets des balcons qui se cachent la vue les uns aux autres, et que je mets six marches ici et trois là. Comme pour ajouter à notre malheur, ce concert tant attendu -- car Neurosis est un groupe qu'on a peu d'occasions de voir sur scène, leur dernière date française remontant à plus de dix ans -- affichait complet depuis plus d'un mois ; et quand je dis "complet", ça signifie grosso modo que la fosse, les balcons, et même les escaliers d'accès a la fosse étaient noirs de monde, et qu'il fallait prévoir entre cinq et quinze minutes (selon qu'on adoptait un comportement de gros bourrin égoïste ou de jeune homme civilisé et prévenant, et selon le sens de parcours) pour aller de l'avant de la scène au bar ou l'inverse.


Heureusement, le bar ne m'attirera pas trop : cinq euros la pression, et la seule que je me suis fait servir avait tellement une odeur étrange que j'ai voulu me la faire rembourser. Hélas, le monde qui attendait au comptoir m'en a dissuadé : j'ai abandonné cette pauvre pression à l'odeur rectale sur un coin d'inox, espérons qu'elle n'a pas été maltraitée par quelque barbu barbare. En un mot comme en cent : Machine du Moulin Rouge, je ne t'aime pas. 

Y U NO GIVE ME DRINKABLE BEER ?

La programmation de la soirée a largement rattrapé le coup. Début du concert à vingt-et-une heures trente (le billet annonçait vingt heures, merci l'orga irréprochable de la Machine ?) avec le groupe belge Amenra, une première partie totalement idéale pour un concert de Neurosis. Amenra, c'est du postcore sombre, étouffant, cru, qui recèle en son sein, dissimulée à l'ouïe du badaud par une intensité presque agressive, une étrange sérénité déchue. Sur scène, en trois petits quarts d'heure, le combo met presque tout le monde d'accord : l'ambiance est électrique, hypnotique, saisissante. Il en est néanmoins pour reprocher au chanteur une certaine distance avec le public ou l'accuser de surjouer quelque peu, là où je n'ai vu qu'une sorte de transe hallucinée dans laquelle il arbore une attitude péri-autistique proprement hallucinante : il tourne le dos au public en quasi-permanence, tire sur ses vêtements comme pour les arracher, enroule nerveusement le câble de son micro autour de son bras (comme Maniac le fait avec du fil de fer barbelé mais, forcément, en moins sanguinolent), comme s'il vivait la musique si profondément qu'elle lui déchirait l'âme à chaque concert. Il y a une sorte de compassion qui joue son rôle dans ce que l'on ressent lors d'un concert d'Amenra, au final.

"Aorte", prenante comme jamais. (Crédits vidéo : Mariexxme, Clément Mathon, Benoît Lesieux, Heitham Al Sayed.)

Après ce premier set incroyable (et une demi-heure de changement de plateau, derrière d'épais rideaux bleus très moches), Neurosis monte sur scène pour un show hallucinant. Bien que les chansons soient entrecoupées de passages ambients salutaires, l'ensemble de la prestation des pionniers du postcore est une décharge de violence émotionnelle qui va crescendo le long des cent cinq minutes que durera le concert. Oui, une heure quarante-cinq du postcore le plus étouffant et, arf, neurotique, qui ait jamais vu le jour, interprété par un groupe qui ne fait qu'un avec sa musique, chacun affichant sur son visage et imprimant dans les mouvements de son corps sa propre perception de la douleur mélancolique des compositions ; en fond visuel sont projetées des vidéos tout aussi barrées, compilations improbables de gros plans de visages, d'oiseaux et de meutes de loups en négatif, d'explosions atomiques, de squelettes cornus (voir le visuel de "Given to the Rising"), sombres visions oniriques à dominante noir et blanc, une couleur venant teinter chaque chanson (du vert néo-psychédélique au rouge le plus agressif). Contrairement au Dour, qui au final n'a été pour moi qu'un apéritif, un échantillon gratuit de Neurosis, le set interprété par le groupe à la Machine du Moulin Rouge ne suit pas une progression linéaire dans l'intensité ou la noirceur ; chaque morceau vient entrer en décalage avec le précédent tout en complétant l'esprit du set. On retrouvera néanmoins la quasi-intégralité du set du Dour (mais pas dans le même ordre), complété par quelques petits chefs-d'œuvre supplémentaires, et le concert se finira également par une version enragée de "Through Silver in Blood", dans laquelle les Neurosis poussent leur folie jusqu'à un point incroyable. On voudrait qu'ils se décident une bonne fois pour toutes à massacrer leurs instruments et leurs amplis, tant il leur semble douloureux de ne pas aller jusqu'au bout de leur démence… Le guitariste Scott Kelly, dans un mouvement de tête mal calculé, va même s'ouvrir le front en le frappant contre son micro, et passera donc la quasi-intégralité de la dernière chanson avec une très esthétique traînée de sang entre les deux yeux.

"Belief" (de l'album "Times of Grace") interprétée devant nos yeux ronds. (Crédits vidéo : gotmullet. Profitez de la HD, ça vaut le coup.)

Le groupe quitte la scène avec quelques salutations, sans dire un mot, et nous n'espérons pas de rappel. A vrai dire, nous ne voulons pas de rappel : nous sommes là, hébétés, les yeux écarquillés, la mâchoire pendante, en sueur, les jambes en purée, la cervelle broyée, à la fois anéantis et revigorés par un concert apocalyptique, plaqués au sol par un concert en forme d'expérience de vie, comme un trip cathartique sous ayahuasca, comme se déchirer pour mieux se sentir un. "Souls at Zero". 

Meilleur concert de ma vie, sans aucune hésitation. Douloureux et sublime.

1 commentaire:

Alexandre a dit…

Enorme concert ouais :) je sais pas si tu te souviens, Alexandre, on a vécu le concert ensemble, j'ai été un peu long à te recontacter excuse moi ^^ tiens si tu veux me retrouver je suis là http://www.lastfm.fr/user/Humtaba et mes chroniques sont là http://bittersweet-atmosphere.over-blog.com/
Salut mec!, et au passage ton blog démonte

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