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samedi 4 décembre 2010

Sulphuric Saliva


Dur sentiment de solitude qui m'a rongé, des années entières, alors que j'écoutais de l'industriel en secret dans ma chambre, et ne pouvais même pas partager ma passion pour le bruit blanc avec quiconque... Difficile d'expliquer à quelqu'un dont l'oreille n'est pas entraînée à la survie en milieu hostile l'esthétisme d'un autre monde et la mélodie discrète et puissante que certaines explosions de stridence contrôlée peuvent receler. Pourtant, à des kilomètres de la tendance noise qu'une minuscule minorité de fêlés congénitaux parviennent à trouver "artistiquement intéressante", il est des artistes qui parviennent à donner à la manipulation du bruit des lettres de noblesse qu'elle attendait avec impatience.

Je ne parle pas ici du rock ou du metal industriel, dans lequel l'apport des sonorités "bruitistes" consiste principalement, a contrario, en un durcissement ou un obscurcissement des ambiances et du rendu sonore (Nine Inch Nails, Ministry, The Amenta...), mais de l'électro industriel, dans lequel l'évolution de la mouvance "indus rythmique" a donné naissance à de petites merveilles, aux sonorités tribales (5F_55, Lith, Flint Glass, par exemple) ou atmosphériques (Empusae, Iszoloscope...).

Le Grenoblois Sulphuric Saliva, de son côté, nous délivre une sorte de synthèse, entraînante, presque dansante, de ces diverses ambiances, à laquelle il rajoute encore cette spiritualité, emplie tant d'émotions saisissantes que de doutes paralysants, qui me semble être une des marques de fabrique de l'évolution musicale française de cette dernière décennie (Gojira en étant sans doute l'exemple le plus frappant, quoique dans un style différent). Attention, je ne parle pas vraiment ici du premier album "Noisetracks", plus froid, plus bruitiste, néanmoins très intéressant mais plus difficile d'accès ; un album percussif, direct, à réserver sans doute aux aficionados de l'industriel crissant et grésillant à la Hypnoskull ou Converter, qui y retrouveront leurs petits.

"Burning Up", sur "Heart of Noise", du grésillement rythmique savamment orchestré et... oh, de la mélodie. Incroyable.

L'album "Heart of Noise" semblerait presque maintenant, après la sortie du double album suivant, une sorte de transition, mais indépendamment de cette perception a posteriori, il est une incroyable réussite musicale : le style s'y raffine, incluant des lignes mélodiques plus présentes, plus douces, et les mélangeant à une base industrielle rythmée sans jamais être agressive. Il y reste des traces d'un bruitisme "à l'ancienne" (notamment la prenante "The 8th Passenger", stridente, palpitante, froide, un très bel hommage au film, d'ailleurs), mais qui trouvent leur place dans une musique plus fluide, quelque part entre ciel et terre, entre lourdeur grésillante et mélodies aériennes.

Ceci dit, cet excellent album est encore à mille lieues de son petit dernier, "No Opportunities in Standard Experiences", dans lequel des tracks comme "Anger", "Flames were licking the sky" ou "Phoenix" poussent encore plus loin cet étonnant, saisissant et ô combien efficace contraste ; le mélange devient fusion, l'opposition devient complémentarité, et on se laisse emporter par l'ambiance mouvante qui règne sur cet album, derrière ce que l'on croyait naïvement, à prime abord, n'être qu'un patchwork de sons étranges et de boucles rythmiques. Il y a un véritable ressenti, ou plutôt une immense palette de ressentis, qui donnent ici au style industriel cette "organicité", cette émotion, cette vie qui, trop souvent, lui manquent cruellement. Pour compléter cet album, Sulphuric Saliva y a joint le premier album de son side-project, Triatoma, son "côté sombre", une galette empreinte elle aussi de ressentis paradoxaux, sombre mais dissimulant une étrange lueur d'espérance... un premier essai dans les territoires obscurs de l'ambiant tout simplement envoûtant.

"Survivor", jolie track mid-tempo tirée de "No Opportunities in Standard Experiences".

Sulphuric Saliva est devenu Sulphuric (officiellement en mars de cette année), on attend encore de connaître la suite, avec une impatience et une curiosité non feintes.




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