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lundi 9 mai 2011

Ad.ver.sary


Krish, krish, klong, klong. C'est sensiblement tout ce qu'une majorité de béotiens dont l'inculture artistique salit l'Humanité parviennent à comprendre à la musique industrielle. Et, je le précise avant d'obtenir les pires réactions à ce troll aussi exagéré que second-degré, je les comprends. Il est vrai que ce n'est pas toujours évident de passer au-delà de l'aspect bruitiste qui nous saute à la gueule lors du premier contact, voire même carrément, comme cela a été le cas de votre humble serviteur zeuhlesque, d'apprécier ce bruit. Le fait que j'ai abandonné l'aspect le plus rugueux de l'industriel, tendant vers le noise des Unter Null ou Synapscape des débuts (par exemple), pour désormais m'accrocher tenacement à l'aspect harsh/mélodique de 5F-X, Iszoloscope, Sulphuric Saliva et autres, est sans doute rassurant quant à ma santé mentale (pas vrai, papa ? le pauvre, il déteste l'indus plus encore que le disco).
Ad-ver-sary est de ces artistes qui peuvent réconcilier avec l'industriel certaines oreilles endolories ; pas forcément leur faire apprécier, n'exagérons pas non plus, mais au moins leur faire comprendre que l'industriel ne s'arrête pas au bruit. D'autres, déjà plus ou moins accoutumés à certaines formes de rugosité sonore, risquent d'aimer. J'en connais au moins un qui ne dessoude plus "Ancients" depuis que je lui ai fait découvrir. "Ancients", c'est le premier titre de "Bone Music", premier album de ce jeune producer canadien qui, avant de le sortir (en 2008), avait déjà passé quelques années à jouer avec des Iszoloscope et Antigen Shift, à remixer du Converter et du Cyanotic, et j'en passe volontairement quelques-uns. "Ancients"... que dire ? Une mélodie prenante, une rythmique construite au millimètre près, un mélange d'agitation et de douceur, de robotique et d'organique, une déferlante de bruits qui laisse une impression presque paradoxale de délicatesse...

Voici. Ca vous la cloue, hein ?

Le reste de l'album, c'est (en gros) cette claque-là huit fois de suite, sans compter les quatre bonus tracks. Difficile de croire que "Bone Music" est un premier album ; un premier album, d'habitude, c'est encore un peu maladroit, il y a un ou deux passages qui semblent un peu creux par rapport au reste... Là, non. Des ambiances mélodico-tribales ("Waiting for Gira", "Bone Music") aux passages ambients et/ou mid-tempo du meilleur effet ("Friends of Father" et ses superbes cordes), l'opus reste néanmoins tourné vers une sorte d'indus rythmique presque dansant ("Ancients", le breakbeat de "Number Nine", le remix de "Bone Music" par Antigen Shift et celui, excellent, de "Number Nine" par Synapscape), qui rend inévitable le rapprochement, entre autres, avec l'excellent Français Flint Glass ("International Dark Skies" et ses percussions ambientes me font vraiment penser à certains passages de "Nyarlathotep" de l'artiste susnommé).

"Friends of Father", de l'indus ambient bien miam-miam.

On a intérêt à se passer cet album en boucle, en attendant un probable successeur cette année... mais on peut aussi jeter une oreille à "A Bright Cut Across Velvet Sky", album de remixes ponctué de quelques inédits pas déplaisants du tout, sorti l'année suivante. Forcément, on y trouve un peu de tout, du remix qui n'apporte pas grand-chose ("Ancients" par Cyanotic, le "Waiting for Gira" de Phylr) à celui, plus fréquent, qui parvient à recréer quelque chose de beau à partir de la version originale (le spookier remix de "Just (Spooks)" par Iszoloscope ou le "Just (Passed Away Remix)" de Salt ; "No Exit" par Candle Nine ; le "Waiting for Gira" de Stendeck), en passant par celui dont on ne sait pas trop quoi penser mais qui rend quand même vachement bien (la version un peu bordélique de "Waiting for Gira" par ESA ; l'hybride breakbeat/techno bizarroïde que Monoculture, qu'on a déjà vu enregistrer un excellent split avec Sulphuric Saliva, a créé à partir de "Friends of Father" ; le "Number Nine" poum-poum-tchak d'Autoclav1.1). Du côté des nouvelles pièces, on se réjouit d'un morceau comme "Dresden", sombre et rythmé à souhait, on plane sur "Darker", mélodique, ambiente et glitchy... et on se demande un peu ce que la courte "Creature (and the Sea)", qui ressemble presque à une BO de jeu vidéo d'aventure, fait dans le coin, mais on passe outre. 

Dans la série des super bons remixes : "Just (Boo! Remix by Synkro)".

Comme tout album "de transition", "A Bright Cut Across Velvet Sky" comble une dent creuse mais manque de cohérence et paraît forcément inégal ; appréciable, donc, surtout celui-ci dont la qualité globale est très bonne, mais on ne se prendra pas la claque de "Bone Music". D'où notre impatience d'entendre du nouveau matériel original...



Les deux albums sont disponibles en téléchargement gratuit et en haute qualité sur le site du monsieur (ce qui est assez rare pour être apprécié) :

Mais si vous préférez être délicieusement bridés et écouter trois chansons dans une qualité moisie :

Dans un autre style, la soeur de ce monsieur fait du hip-hop de très bonne facture (malgré, ou grâce à, une approche rythmique que le batteur que je suis a trouvé très déstabilisante à première écoute) :
On imagine avec délectation le fruit d'une collaboration totalement improbable entre les deux.

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