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mardi 25 janvier 2011

Animals as Leaders


Détracteurs extrémistes du progressif, passez votre chemin, car Animals as Leaders est un groupe qui va très loin dans le genre.

Tosin Abasi, guitariste noir aux allures très BCBG, diplômé de l'Institut de Musique d'Atlanta, véritable prodige de la huit-cordes, a formé ce projet en 2007, après l'extinction du groupe de metalcore Reflux dans lequel il officiait auparavant. Recrutant un guitariste plus rythmique (Javier Reyes) et un batteur épileptique au nom imprononçable (Navene Koperweis), il enregistre avec eux le premier album éponyme du groupe, qui sort fin avril 2009 sur Prosthetic Records, le label qui lui avait proposé ce projet solo depuis quelques années déjà, et à qui l'on doit la distribution nord-américaine de Gojira, les premiers albums de Lamb of God, mais également All that RemainsDew-ScentedTestament, Withered, 1349...

Trouvez l'intrus.

"Stop, attends, trente secondes", s'exclament quelques connaisseurs en metal cachés au fond de la salle de classe. "Un groupe de progressif sur un label de metalcore, de death et de black-metal ?" Oui. Je sais, c'est bizarre. Dans la liste qui précède, et qui est relativement représentative du catalogue du label, il y a dans cet ordre un groupe de "death technique" (dur de qualifier Gojira, en même temps...), deux groupes de metal hardcore, deux groupes de thrash "à l'ancienne" et deux groupes de black (dont l'un, Withered, est l'auteur du tout simplement excellent album "Folie Circulaire", mais c'est une autre histoire). Et ce label a proposé à un musicien académique de faire du metal progressif pour eux ? Oui. Etrange, mais vrai.

Animals as Leaders affiche néanmoins des racines du côté du metal : rythmiques recherchées, batterie rapide et incisive, contrastes marqués entre rapidité et douceur, il y a là-dedans des influences à chercher du côté des inévitables Meshuggah, de Textures, et de tous ces groupes qui sont plus ou moins directement à l'origine de ce fameux mouvement djent dont vous n'avez pas fini d'entendre parler ici. Néanmoins, on n'a pas affaire ici à un hybride étrange de metalcore technique et d'ambiances à l'arrière-odeur d'encens, mais véritablement à du metal progressif ; il y a des grosses influences jazzy là-dedans, une technique irréprochable, un travail mélodique inspiré mais bénéficiant des apports de grandes connaissances académiques, ce qui donne au final à Animals as Leaders la même proximité du metal ou du djent que Magma du hard-rock ou Led Zeppelin du blues : le style n'est qu'une base rythmique ou structurelle sur laquelle le groupe se permet toutes les déclinaisons et toutes les folies.

"Tempting Time", qui ouvre l'album. Vous ne pouvez pas dire que je ne vous ai pas prévenus.

Il serait cependant dommage de ne voir en Animals as Leaders qu'une démonstration technique ou un "tour de force" instrumental pour musicologues masturbatoires avertis, car on retrouve dans ce premier album une sorte "d'intensité de la douceur" qui est un ressenti malheureusement trop rare dans le progressif -- alors que le style lui-même semble être fait pour évoquer cette gamme d'émotions. Le metal progressif "moderne" a livré quelques chefs-d'oeuvre (à commencer par "The Perfect Element Part I" de Pain of Salvation, et le premier album "Grave Human Genuine" du projet parallèle Dark Suns), savamment cachés derrière des albums entiers de démonstrations techniques ou de parodies (on peut citer respectivement Dragonforce et Pendragon). Animals as Leaders enrichit le style par l'apport d'une approche plus frappante, tirée du mathcore, mais garde cet esprit d'évasion presque psychédélique qui est sans doute la pierre de voûte du style, et la marque de fabrique de ses plus grandes oeuvres.

Clip officiel de "CAFO", huitième piste de l'album éponyme. L'esthétique du clip est encore plus bizarre que celle de la musique, mais après un petit temps d'adaptation, il y a de quoi se lécher les babines.

Autant dire que cet album, à mettre aux côtés (entre autres) de l'unique et superbe album d'Exivious, fait partie de ce qu'une approche "académique" du metal peut nous livrer de plus vibrant.



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