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samedi 11 juin 2011

Album en mousse : Morbid Angel, "Illud Divinum Insanus"


Cinq minutes après le début de ma première écoute, je me dis : "Non, pas possible, c'est une blague. J'ai téléchargé un fake." A ma décharge, une heure avant, j'étais tombé sur un album des Jackson Five en lieu et place de Morbid Angel. Je crois que mon ordinateur ne s'en est pas encore remis, moi qui l'avais habitué à "d'autres genres de sonorités"...

Morbid Angel, ce sont les papas du death metal, quand même. "Blessed Are The Sick" (1991), "Covenant" (1993), "Formulas Fatal to the Flesh" (1998) sont des opus qui ont défini de nouveaux standards dans le style, et "Gateways to Annihilation" (2000) est sans hésitation mon préféré de tous, et (pour moi) un des plus grands albums de death-metal de tous les temps. "Heretic" (2003) avait déjà quelque peu ramolli le groupe : compositions moins inspirées, plus "formelles", et un album se terminant par deux solos, démonstrations techniques aussi inutiles que ridicules (d'autant que le solo de guitare est en fait celui de "Secured Limitations" sur leur précédent opus). Le groupe avait beaucoup chuté dans mon estime à l'époque...

Sérieusement, finir un album par un solo de guitare tiré de l'album précédent, c'est pas du foutage de gueule ?

Avec "Illud Divinum Insanus", Morbid Angel nous avait vendu du rêve : un album quelque part entre les expérimentations électro/indus de Trey Azagthoth et le retour du chanteur historique du groupe David Vincent, celui qui les a vus (je sais, j'ai déjà sorti cette blague, et c'était déjà dans un album en mousse), après huit longues années d'attente. Mais dès la première écoute, mes délires oniriques se sont effondrés.

Je vais commencer, par pure politesse, ou bien par une sorte de reste de respect envers le groupe (on pourrait parler d'un in memoriam, sans doute), par le moins pire de l'album : les compositions "old school". Morbid Angel sait encore faire du death-metal. Sans aucune inspiration, certes, mais techniquement, ça passe. Il nous le prouve avec "Existo Vulgaré", pas bandante mais bien goupillée (malgré un morceau de riff piqué à Michael Jackson) et sa suivante "Blades for Baal", basique et plutôt efficace ; "Beauty Meets Beast" dans le même registre ; "10 More Dead", un peu vieillotte ; et la relativement intéressante "Nevermore", peut-être la meilleure de l'album, mélange bien foutu des différentes ères de Morbid Angel, quelque part entre le rentre-dedans des premiers opus et la lourdeur pleine de double pédale des œuvres plus récentes. Néanmoins, je le répète, on ne peut pas dire que ces compos soient très inspirées, et les solos de guitare balancés comme ça, sans raison, en plein milieu, donnent au résultat cet aspect bradé dans lequel, justement, Morbid Angel avait autrefois l'intelligence de ne pas sombrer. Avant "Heretic" et son double solo final, s'entend.

"Existo Vulgaré", pas le plus raté de l'album...

Et maintenant, passons aux choses sérieuses. D'abord, l'introduction, "Omni Potens", est une sorte de glauquerie mollassonne, qui voudrait sonner aussi sombre que du Dimmu Borgir mais, au final, est un des plus grands pétards mouillés de l'histoire de la musique. Violons et cuivres qui sonnent désespérément synthétiques, cris scandés probablement piqués à Nile (et mal copiés), rythmique lente et molle... Amateurs de Fadades, cette track est pour vous. Les autres, passez directement à la deuxième piste...

...histoire de rire encore plus jaune. Que dire de "Too Extreme!" qui ne fasse pas le bruit d'un étron qui s'étale sur la gueule de Trey Azagthoth ? La track essaie de mélanger des riffs black-death avec un beat hardcore (tendance hollandaise néo-gabber), mais échoue lamentablement. Imaginez Fast Forward composé par un enfant de quatre ans. Ce n'est même pas décevant : c'est risible, d'autant plus avec un titre aussi prétentieux. Le beat est trop carré, le son trop mou, presque hésitant, et il vient recouvrir des riffs qui font mal aux oreilles. Le genre d'expérimentations que Trey aurait dû sortir sur un projet solo indépendant, pas sur un album de Morbid Angel. Idem pour "Radikult", enfant difforme créé lors d'une partouze-cravate-chaussettes avec Anthrax et Rob Zombie. On croirait l'entendre supplier "tuez-moi" pendant sept minutes trente. "Profundis - Mea Culpa", qui conclut l'album, tente une petite poussée de The Berzerker, mais tellement maladroite et mal foutue qu'elle nous achève définitivement, et enterre toute la passion que l'on avait pu placer en Morbid Angel pour la remplacer par une rage et une frustration inextinguibles.

"Too Extreme!", probablement une sorte d'ode scatophile composée sous crystal meth.

Et que dire de "I Am Morbid" ? Putain, si Joey de Maio égorgeait des poulets vivants sur scène, ça donnerait cette chanson, en ajoutant peut-être un court pré-refrain qui sonne comme une parodie d'Arch Enemy. Morbid Angel essaie de se créer un thème, maintenant. Ils imaginent déjà les fans en folie scandant le refrain archi-simple pendant leurs concerts, avant de hurler comme des pucelles en chaleur en regardant le guitariste effectuer son solo de la mort (deux couinements suraigus en mode "thrash de chez mémé" suivis d'un tapping ultra-cliché). C'est encore plus pitoyable que les deux solos (batterie et guitare) qui concluaient le précédent album "Heretic", et pourtant, pour donner dans le plus minable, il fallait le faire. Cette façon de vouloir donner dans l'hymne revient dans "Destructos vs the Earth / Attack", très (trop !) teintée heavy-metal elle aussi, une sorte de "Warriors of the World" satanico-trouducutal à la longueur insoutenable : six minutes trente d'ennui martial, un break, et trente secondes de death ultra-rapide à la "si seulement on était aussi excitant que The Amenta".

I'm with morbid.

Comprenez bien que ce n'est pas facile pour moi d'écrire cela, moi qui suis d'habitude un fervent défenseur de l'expérimentation et un opposant farouche au culte du true-machin-chose. Par exemple, quand The Kovenant a décidé d'enrichir son black-metal symphonique quelque peu classique à coups de bidouillages électro, tous les vieux de la vieille lui ont sauté à la gueule, sans vergogne, et j'ai fait partie de ceux qui montaient au créneau et s'indignaient contre ce lynchage injustifié et obscurantiste, hurlant à qui voulait bien l'entendre que le nouveau The Kovenant, celui de "Animatronic" et de "S.E.T.I", était bien meilleur que celui qui nous avait donné "Nexus Polaris", bon mais pas transcendant.

Mais là, je ne peux pas laisser passer cette insulte. Morbid Angel était un excellent groupe, nom de nom ! "Gateways To Annihilation" est et restera dans ma liste des plus grands albums de metal de tous les temps. Dix ans plus tard, on croirait que le groupe ne sait plus rien faire. Sur une chanson, il applique les bonnes vieilles recettes, sans cette énergie dévastatrice d'autrefois ; sur la suivante, il se ridiculise en voulant innover.

De Profundis, le groupe nous envoie un Mea Culpa en forme de récidive.
Meurs, Morbid Angel, meurs !

Cannibal Corpse n'a jamais essayé de "révolutionner son style" ; en attendant, leurs derniers albums sont énormes. "The Wretched Spawn", "Kill", "Evisceration Plague" : allez me dire que ces albums ne sont pas bons ! Pourtant, il n'y a pas de révolution sonore notable, mais juste une évolution, une maturation. Morbid Angel a voulu, avec "Illud Divinum Insanus", faire quelque chose de neuf, et il s'est cassé la gueule. Après "Heretic", qui m'avait laissé plus que sceptique, ce petit dernier met les légendes Morbid Angel dans les poubelles de ma culture musicale. Adieu, les mecs. Bon débarras.



PS : "Perhaps it’s not coincidental that the album title ends in ANUS." (lu sur Metalholic)

2 commentaires:

Anonyme a dit…

Je ne sais pas qui a pondu cette critique mais il doit être un putain de sacré bon compositeur en + d' être extrêmement doué du manche de gratte . Je voudrai trop savoir quel est le nom de son groupe , sa doit certainement être LA référence mondiale !!

Modern Zeuhl a dit…

En tant que pondeur de cette critique (et taulier unique de Modern Zeuhl), je me permets de répondre très simplement à cette critique dont l'ironie m'a fait sourire (sans moquerie aucune).

Mon cher Anonyme, bien que j'aie apprécié sincèrement ton maniement du second degré, je ne suis d'une part pas persuadé qu'il faille être un bon musicien pour être un bon critique, dans le sens où ni la culture musicale ni la sensibilité à l'art ne sont proportionnelles au talent de branlage de manche.

D'autre part, je peux comprendre que tu veuilles exprimer ton avis, et c'est exactement pour cette raison que je vais exprimer le mien en retour : cette critique n'est pas censée être un quelconque avis objectif ou absolu, tout simplement parce que c'est une critique, donc un des exercices les plus subjectifs au monde.

Il y a beaucoup de gens qui n'ont pas aimé cet album, et comme tu fais apparemment partie de l'autre catégorie (qui n'est pas forcément moins peuplée, d'ailleurs), je pense que tu as mieux à faire que de râler contre quiconque n'est pas de ton avis.

Pester contre le manque d'objectivité d'une critique est, par définition, d'une hypocrisie suprême. Dis quelque part "le nouveau Morbid Angel est monstrueux" et tu trouveras des milliers de personnes prêtes à te traiter d'ignare et d'inculte sous ce fallacieux prétexte ; m'est avis que tu les considèreras comme de purs idiots, et je ne pourrai pas te donner tort.

Les gens ont le droit d'aimer ce que je n'aime pas. Ils ont aussi le droit de tolérer que jamais le monde entier ne pourra être d'accord avec leurs goûts.

Très cordialement,


Mathias

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