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mardi 7 juin 2011

Matta : interview 3940


English version HERE.

Il est quatre heures du matin, la soirée spéciale "Ten Years of Ad Noiseam" bat son plein (Balkansky & Loop Stepwalker ont ramoné le public, Niveau Zero prend la suite, qui en remettra plus qu'une couche), et je suis dans une sorte de chiotte sans chiotte, une salle de trois mètres par deux aux murs noirs couverts de stickers divers, qui sent l'alcool et la fumée de cigarette. Cette salle est la "loge VIP" du Batofar. Je suis assis sur une sorte de banc en bois en forme de L, et j'attends les Matta qui nous ramènent des bières. L'interview n'a pas commencé, et le groupe me paie déjà une pression. Le pied.

Fond sonore de mon attente ("Kora", par Balkansky et Loop Stepwalker).


Ils ont effectivement l'air sympa, les deux : Andy est un brun mal rasé qu'on verrait très bien sur un gigantesque dancefloor avec une cravate autour de la tête, et James, un peu plus rond de visage, est en quasi-permanence en train de déformer ce dernier par un sourire qui lui prend la moitié de la face. Après le set sombre et couillu qu'ils nous ont mis dans la gueule, c'est très étrange de les voir tout sourire et à moitié ivres, en train de me parler naturellement, comme à un pote. On entame la bière, je pique une clope à une jeune femme qui a une très agréable façon de nous couper toutes les dix minutes pour nous donner des flyers ou des cartes de visite (le désagrément aurait valu le paquet entier, mais je ne suis pas bégueule), et on délire comme des cons sur la façon dont une ravissante lady du label galère à expliquer à une compagnie de taxi comment écrire le nom "Balkansky". Lorsque le taxi 3940 est enfin décidé à se pointer devant le Batofar, nous décidons que cette interview sera l'interview three-nine-four-oh.

Dans la vraie vie, celui de droite sourit tout le temps.

A moitié ivre moi aussi, je tente tant bien que mal de me souvenir de mes questions d'une part, et de ne pas trop bafouiller en les posant d'autre part. Le temps de reprendre mes esprits, encore ivre du gros son, collant de sueur, et à moitié malade à cause de ce putain de bateau qui tangue comme un diable, je leur pose les grandes questions inévitables, et réapprends que le duo s'est rencontré vers 2005, tous deux influencés par la drum'n'bass du milieu des années 1990, puis le virage dubstep des années 2000. "Andy a également beaucoup d'influences metal", me confie James, "et j'ai des influences un peu garage et hip-hop, alors... Nous essayons de parvenir à les fusionner ensemble, mais parfois c'est une lutte." Ce à quoi Andy ajoute très sérieusement : "Parfois, du chaos naît la meilleure musique", sous les rires faussement moqueurs de James.

Fig. 1 : source musicale de qualité.

Comment ces deux drilles font-ils leur musique ? "A peu de choses près, nous faisons tout ensemble. On travaille du lundi au vendredi, chaque jour ; on se pose dans la même pièce et on travaille. Je pense qu'il est très important que le son que nous créons vienne de nous deux, dans la même pièce, buvant des tasses de thé, mangeant de bons biscuits..." Devant mon incrédulité (j'aurais imaginé bières/pétard plutôt que thé/scones), James insiste sur le sérieux de la chose. "Des fois, on descend au magasin d'en dessous pour acheter du chocolat, et ensuite, en trente ou quarante-cinq minutes, le travail est fait. Alors le moment de détente commence, une heure à peu près, et ensuite on retourne à notre track. Il faut vraiment prendre le temps de s'arrêter pour créer quelque chose : arrêter de l'écouter, pour mieux y retourner ensuite et réaliser ce que tu as vraiment fait. C'est en faisant ainsi qu'on entend ce qui est bon, qu'on le met sur le dessus de la pile pour pouvoir travailler dessus les heures suivante ; c'est là que nos idées passées vont marcher ou échouer. A cette étape, nous sommes très critiques sur notre travail : si quelque chose n'a pas l'air parfait à nos yeux, alors on arrête tout." Ce qui n'empêche pas de laisser les idées de côté : "Il y a beaucoup de tracks que nous avons abandonnées, mais nous les mettons toutes sur une liste, et peut-être qu'un jour où nous ne nous sentirons pas très inspirés, nous reviendrons vers elles pour voir ce qu'on peut en faire. Rien n'est vraiment jeté à la poubelle."

Fig. 2 : les futures B-sides de Matta ?

Perfectionniste, d'accord, mais pour viser quelle perfection ? "Honnêtement, il n'y a pas un son que nous voulons avoir. C'est ce que tu veux à un instant donné qui compte." Le duo tient vraiment à cette immédiateté : "Si quelque chose ne marche pas la deuxième fois que tu l'entends, c'est fini, tu peux l'abandonner tout de suite." Elle semble être, d'après James et Andy, une source d'originalité : "Quoi que nous fassions, nous voulons être très originaux. C'est notre priorité : essayer d'être originaux. C'est à l'auditeur de juger si nous y parvenons ou non."

This is a triumph. I'm making a note here : "Huge success".

Nicolas Chevreux, le grand manitou d'Ad Noiseam, a en tout cas jugé qu'ils y parvenaient. James se rappelle avec une certaine émotion du moment où il a appris que Matta allait joindre cette écurie : "On a envoyé une démo à Nicolas, je crois qu'elle était constituée de "Mass", "Suicide Stutter" et "Inquisition Part III". Il nous a renvoyé un email, très tard parce que Nicolas travaille jusque tard dans la nuit. Nous, on était tous les deux en train de pas mal boire, et j'ai juste appelé Andy pour lui dire tranquillement "va regarder tes mails". Il m'a répondu par texto, quelque chose comme "OH SHIT !!!". Grosso modo, Nicolas a mis tous nos rêves dans un e-mail : il voulait publier notre zik, nous faire jouer dans plein de pays... Et on était là, genre : on aimerait beaucoup voyager, merci beaucoup !"

666 44 0 7777 44 444 8 111 111 111. La seule réaction possible.

Ad Noiseam, ou le rêve de James et Andy : "Une influence majeure qui nous a amené vers ce label est Broken Note. Ce mec est une légende ! "Terminal Static" est ridiculement bon, incroyable. J'ai acheté cet album il y a quelque chose comme deux ans, et à chaque fois que je l'écoute, je me dis "Putain, mais qu'est-ce qu'il se passe ?" J'écoute au moins une track de Broken Note chaque jour." Apparemment, leur rencontre avec cette légende a été... particulière : "On a eu le plaisir de jouer avec lui à Londres il y a quelques mois, un mec très sympa, on n'a pas été déçus, ce type est un grand malade ! Il a laissé ses cigarettes en backstage, donc s'il veut les récupérer, il peut nous appeler, mais... en gros, on a volé les clopes de Broken Note, putain de merde !" Et de rajouter, pour faire bonne figure : "Et nous tenons à nous excuser."

"No problem, guys !"

Après ces informations musicales, l'aspect visuel de Matta m'intéressait beaucoup. Je demande donc comment est né le superbe clip de "Mass", réalisé par l'espagnol ID:MORA. "Il a juste apprécié la track, et elle ajoutait du sens au projet qu'il comptait réaliser. Il a vraiment compris chaque aspect de la track." Andy semble très flatté par ce clip : "James a un background en conception graphique, je suis également passé par une école d'art, et nous sommes très fiers qu'il y ait des gens aussi impliqués qu'ID:MORA, et ce superbe travail qu'il a fait... Nous sommes vraiment fiers de ce qu'il a fait, et de voir ce que certains peuvent créer avec notre musique."

Il y a de quoi être fier, je pense.

Et le clip de "Release The Freq", alors ? Qu'est-ce que c'est que cette histoire de cerfs ? Quand je pose la question, James éclate de rire. "It's so Kim ! [NdR : Kim Holm, réalisateur du clip.] Kim est un taré bourré de talent. Lors de notre rencontre, nous lui avons dit que nous adorions ce qu'il avait fait, notamment sur la chanson "Sura" de Hecq, et lui avons demandé s'il pouvait... éventuellement... faire quelque chose pour nous. Il a finalement accepté, et il ne nous a rien dit sur ce qu'il voulait faire. Tout est resté secret jusqu'au moment où il nous a montré le clip." Je leur demande s'ils ont fini par en savoir plus. "On connaît le concept, il s'agit en gros de l'homme contre l'animal, la façon dont chacun perçoit l'autre, la beauté de l'animal... alors qu'au final il n'est littéralement qu'une nourriture, une subsistance."

Ouais, sans doute. Merde, j'y voyais tellement d'autres choses...

Avant de sauter voir la fin du set de Niveau Zero (je sens que les Matta sont eux aussi impatients), je demande quels sont les projets du duo. "Quelques EP, quelques collaborations, dont une avec Niveau Zero, probablement pour Ad Noiseam, et peut-être une autre avec Loop Stepwalker. On essaie de développer notre univers, de sonner légèrement différent de ce qu'on a déjà fait ces deux dernières années, faire des croisements et regarder ce qui se produit." Andy enchaîne : "Notre musique va évoluer, mais elle ne perdra pas sa dureté. Ce qui se produit est que, chaque jour, on écrit une track qui colle à notre état du moment, quel qu'il soit. Comme nos vies progressent, notre musique ira dans le même sens, donc qui sait où nous serons dans un an ?" Puis : "Avec un peu de chance, dans un endroit heureux."

Fond sonore de la fin d'interview : "War in the Making" de Broken Note, remixé par Niveau Zero.

Un autre endroit heureux nous attend : nous passons les vingt dernières minutes du set de Niveau Zero à côté de lui, sur la scène du Batofar, sautant comme des ahuris. Dieu que ça fait du bien.



Merci, James et Andy, on a bien ri sur ce coup-là, je vous kiffe.
Et merci à Nicolas, sans qui cette rencontre ne se serait pas faite.

4 commentaires:

Raph a dit…

Yes !!!!! mortel =)

Modern Zeuhl a dit…

J'ai passé un pur moment avec ces deux zigotos, c'était énorme. Quant aux gesticulations sur scène, juste a côté de MONSIEUR Niveau Zéro... OMG que c'était divin ^^

UNLOG a dit…

Bonne ITW , dommage que des questions concernant leur méthodes / moyens de production n'aient pas été abordées ;)

Modern Zeuhl a dit…

"Currently using Logic with a few plug-ins. Its mostly software based but we have been known to throw a few live elements in."
http://dropdoctors.blogspot.com/2010/03/matta-lost.html

A ton service, mon cher :) C'était ma première ITW et il y a deux/trois points que j'ai oublié d'aborder... Et si je leur avais tout demandé, on aurait tous les trois raté Niveau Zero. La vie est ainsi faite de difficiles dilemmes.

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