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vendredi 3 juin 2011

Live review : 10 years of Ad Noiseam (01/06/11, Batofar, Paris)


Bonjour l'affiche qui fait baver : en plus des trois petits choux sur lesquels je me suis longuement étalé dans ces pages, et ne voyez pas d'allusion déplacée là où il n'y en a pas, merci d'avance (je parle bien sûr d'Igorrr, Matta et Niveau Zero), cette soirée alléchait encore avec le duo Balkansky/Loop Stepwalker, rencontre explosive d'un dubstepper espagnol et d'un drum'n'bassien bulgare, dont le récent EP "Fraktals" est une petite bombe ambitieuse et glitchy à ne pas faire cracher dans toutes les oreilles, et la présence derrière les platines de Nicolas Chevreux, monsieur le chef d'Ad Noiseam, qui, à en croire son éclectisme musical et ses goûts de derrière les fagots, allait probablement conclure la soirée par un mégamix corrosif de ses petits chouchous d'artistes maison.

Vous allez dire que je me répète, mais... TMTC, si si.


Il me restait néanmoins un petit doute sur Raoul Sinier, que je ne connaissais tout simplement pas, et qui, je dois l'avouer, ne m'a pas totalement convaincu par sa prestation. Attention, que ce soit clair : il n'était pas facile pour lui de passer avant tout un tas d'étalage de tripailles dubstep et breakcore, vu que le monsieur officie plutôt dans un registre jouant avec le breakbeat et l'electronica, n'hésitant pas à enrichir de chants clairs et  de, euh... guitare ? (l'instrument dont il jouait ressemblait à peu près à une guitare, mais le son qui en sortait était bien plus étrange et électronique -- le non-spécialiste que je suis a été déstabilisé). Je me dois néanmoins de reconnaître un charme clair-obscur très particulier à son style étrange, faisant un peu penser à l'EBM des soirées de ma jeunesse, mais en bien plus varié, en moins contraint. Il me faudra prendre le temps d'écouter ce qu'il fait au calme, et non dans un bateau en me rongeant les ongles d'impatience.

Si ça vous donne un semblant d'idée... ("Overthoughts Reprise", de l'album "Tremens Industry".)

Car oui, d'une part, pour ceux qui ne connaissent pas, le Batofar est réellement un bateau, arrimé à un quai de la Seine, orné d'un phare ; autant dire que mon mal de mer a été mis à rude épreuve durant les deux premières heures de la nuit, le temps de m'y accoutumer. Pas évident d'apprécier pleinement une musique, aussi bonne soit-elle, avec la nausée (Raoul, désolé si cela m'a empêché de voir clair dans ton œuvre). D'autre part, j'ai vite jeté un œil à l'ordre de passage de la soirée, et juste après Raoul Sinier, nous allions avoir droit à Igorrr, puis à Matta. Impatience, quand tu nous tiens.

Je dois dire que je n'ai pas été déçu. Gautier Serre, aka Igorrr, qui, dans la vraie vie, a juste l'air du type le plus gentil du monde, du genre à laisser sa place de parking à une petite vieille arthritique et son siège de bus à une mère de famille en monospace, devient bien plus grimaçant quand il est derrière sa machinerie. Igorrr, c'est une machine de guerre, quelque part entre le breakcore, le death-metal et le chant baroque, et quand Gautier doit en prendre la direction, il le fait avec panache et force rictus faussement colériques qui feraient passer le chanteur de Mayhem pour le frontboy des Choristes. Malgré la limitation évidente des rythmiques et tempos très différents de ses œuvres, qui l'empêchent de pouvoir mixer aussi fluidement qu'un DJ de dubstep (par pur exemple), Igorrr parvient à nous livrer une heure d'un show intense, à la croisée des genres, quelque part entre le live track-after-track du metal et le mix monobloc et restless de l'électro, auquel le public réagit d'une façon aussi nuancée, sautant comme une meute de teufeurs à un moment donné et moshant la minute suivante. Difficile de dire si une musique comme celle d'Igorrr est particulièrement adaptée au live ou non, mais il y a quand même quelque chose de magique à voir une foule d'électro-boys pogoter comme des damnés entre deux breakbeats post-apocalyptiques.

"Vomi !" (Un extrait de "Tendon", tirée de l'album "Nostril", filmé par quelqu'un qui était pas loin derrière moi.)

Après ces deux véritables OMNIs, les deux anglais de Matta ont sans doute le beau rôle : beaucoup sont venus principalement pour une nuit de dubstep, et ils ouvrent les hostilités dans ce registre. Certains y voient le "vrai" début de la soirée ; votre serviteur, déjà en sueur et un sourire béat collé aux lèvres, n'est pas de ceux-là. Ledit sourire pourra rester quelque temps : Matta en live, ce sont deux petits jeunes touchés par la grâce qui ne nous laissent aucune chance de leur échapper. Sombre et vrombissant, leur son nous englue dès les premières notes, et aucune alternative ne nous est laissée que celle de se prendre à leur jeu et d'entrer dans la messe. Pas mal de chansons tirées de leurs divers EPs, relativement peu de tracks de leur album (à part quelques inévitables, comme l'énorme "Release The Freq" dont le clip, tout aussi énorme, fait partie de la petite heure et demie d'images que deux écrans de télé, de chaque côté de la salle, passent en boucle durant toute la nuit), et une ambiance lourde et inextricable, de ce genre de ténèbres qui rendent bizarrement euphorique. Ca sent la sueur et l'amour du wobble, et au sortir de cette heure plutôt magique, l'heure du break est venue pour moi, qui ne verrai du coup pas la prestation de Balkansky et Loop Stepwalker.

Pas de vidéo de bonne qualité de leur set sous la main, alors, puisqu'on ne s'en lasse jamais, revoici le clip officiel de "Release the Freq".

Laissez-moi m'expliquer tout de suite : j'ai passé grosso modo une heure backstage pour pouvoir interviewer Matta (ladite interview est par là), et cette heure pouvait avoir lieu soit avant leur show (donc pendant Igorrr), soit après, lors du set d'un duo que je ne connaissais pas encore. Qu'auriez-vous fait à ma place ? J'ai donc entendu quelques sons du duo bulgaro-espagnol, qui m'ont fait baver et regretter qu'on ne puisse pas faire cette satanée interview un autre jour, avant de passer voir les Matta, l'un mal rasé à l'air presque sérieux, l'autre qui ne sait que montrer au monde un sourire qui lui prend la moitié du visage, pour passer en leur compagnie un moment plus qu'excellent que je vous relaterai plus en détail dans les jours à venir.

Lors de notre sortie de l'espèce de placard couvert de stickers qu'est la "loge des artistes" du Batofar, Niveau Zero est en train de ramoner le public, avec de la dubstep gluante et jouissive (l'inévitable remix du "War in the Making" de Broken Note n'a bien sûr pas manqué à l'appel). Derrière ses potars, Niveau Zero, un jeune dreadeux à l'air de sale gosse libéré sous caution, est un démon sous acide : ses enchaînements, sa façon de triturer ses propres sons pour en faire une mixture encore plus dansante et âcre, tout est parfait, millimétré, incroyablement en place. Que dire de plus ?.. Là où il pose, l'herbe ne repousse pas.

Une track que je ne reconnais pas (désolé), enchaînée sur "First", deuxième track de l'album "In_Sect", le tout pendant que j'interviewais Matta.

Lorsqu'il quitte la scène, il est déjà cinq heures et demie du matin ; le jour commence à se lever, dehors, et "dehors" nous semble un lieu vraiment étrange, tout silencieux et plein de lumière naturelle, le genre d'endroits bizarres où on ne passerait pas la nuit. La nausée des débuts est passée : ce bateau est notre maison, maintenant ; même son métal est imprégné de notre odeur (vos gueules, les physiciens chevronnées, je métaphorise comme je veux), notre présence est dans chacune de ses plaques de tôle. Nicolas Chevreux, le patron de cette étrange menuiserie, tient à nous faire bouger encore un peu avant de retourner à nos soi-disant vraies vies, costumes d'employés lambda et carte Orange en main. Son set, que certains n'ont pas manqué de qualifier de relativement consensuel, est en fin de compte un mix efficace et ininterrompu de ce que le label propose de plus dansant, de plus rutilant, de plus épileptique. Son heure de dubstep/drum'n'bass endiablée se conclut par un remix breakbeat de "Raining Blood" de Slayer, dont je veux bien connaître l'auteur, d'ailleurs (l'esprit est similaire à celui d'un Drumcorps, autant dire que ça me plaît) -- puis une "chansonnette électro" nous accompagne pour la redescente, tandis que l'équipe nous adresse de grands au-revoir émus. Les quelques survivants (nous devons être une quarantaine dans la salle, contre environ cinq cents entrées si ma curiosité et mes oreilles qui traînent ne m'ont pas abusé) tirent eux aussi la révérence et adressent d'immenses mercis à cette fine équipe du bruit organisé, qui nous a offert sans hésitation une des meilleures soirées électro parisiennes de l'année.

Dehors, il est six heures et demie du matin, les rues de la capitale sont étrangement tranquilles, quelques oiseaux osent interrompre le calme des rives de la Seine par leurs gazouillis incongrus, et le manque de wobbles et de rythmes cassés est terriblement douloureux. Que ce calme est étrange et inconfortable. On fait la route en échangeant quelques souvenirs de la soirée, on sautille un peu sur place en imitant à la bouche, donc très mal, certaines des tracks de la soirée, et puis on se rend compte qu'on est crevé, qu'on pue la sueur et qu'on a des acouphènes. Mission accomplie, Ad Noiseam -- à partir de maintenant, vous avez intérêt à fêter tous vos anniversaires, sinon ça va chier.



Ambre de Spot Mag y était aussi : http://blogspotmag.wordpress.com/2011/06/03/ad-noiseam-batofar/

...et elle a interviewé Niveau Zero : http://blogspotmag.wordpress.com/2011/06/08/niveau-zero-interview/

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