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vendredi 26 novembre 2010

Broken Note


"Trop de notes, mon cher Maurice, trop de notes." Cette fameuse réplique, que le colonel Sanders adresse à Maurice Genevoix dans le biopic de Luc Besson dédié à Marie-Ange Nardi, me fournit une parfaite transition entre les articles sévèrement riffés qui précèdent et celui d'aujourd'hui, dédié à un artiste électronique, tout en prouvant une fois pour toutes -- s'il en était encore besoin -- l'immense étendoir de ma cultivation cinématique.

Pas de riffs de deux kilomètres aujourd'hui, pas non plus de tempos en 19/8 injouables sans s'être fait préalablement greffer dans l'hémisphère droit un microprocesseur dédié au décompte des demi-temps ; aujourd'hui on compte jusqu'à quatre, et puis on recommence à un. Mais en mieux, car l'artiste qui fait l'objet de la Zeuhlerie Moderne du jour rivalise de talent et d'audace.

Mais tout de suite, la preuve en musique : "Flood", tirée de l'EP du même nom.

Signé sur le label Ad Noiseam (le même qu'Igorrr, notamment, et que le duo électro/dubstep Matta dont je suis en train de tomber irrémédiablement amoureux), ce qui constitue d'emblée la promesse d'une certaine originalité et d'un relatif non-conformisme musical, Broken Note rassemble deux producers anglais qui ont apparemment déjà un nom dans le milieu dit darkstep : il est relativement difficile de trouver plus d'infos, mais l'un de ces deux DJs officie apparemment déjà dans 16bit, un duo 2-step bien efficace comme il faut (live le 3 décembre à Strasbourg et le 17 au Bikini de Toulouse, pour les intéressés).

Dès le deuxième article de ce blog, consacré à Excision, je vous avais promis que je vous parlerais de Broken Note ; la raison en est toute simple : ce groupe déboîte. Tout simplement. Hybride savamment dosé de dubstep, de breakbeat, d'industriel, avec une multitude de petites influences (trip-hop, dub "à l'ancienne", metal...) plus discrètes disséminées tout le long des compos, lourd et puissant sans jamais sombrer dans la violence, l'album "Terminal Static", sorti l'année dernière (sur Ad Noiseam, donc) est une bombe à mettre entre toutes les mains, un ovni musical d'une maturité et d'une efficacité incroyables.

Sombre et dansante, lourde et sautillante, relaxante et euphorisante, douce et stridante, la musique de Broken Note s'affranchit des paradoxes tout autant que des paradigmes musicaux, sans pour autant heurter la sensibilité ou l'oreille : elle nous invite au plus tribal des laisser-aller, elle nous happe dans son champ de pesanteur, et nous laisse découvrir la joie de sombrer dans l'obscurité de ses ambiances.

"Let 'Em Hang", bombe dancefloor... (Avec en plus un clip amateur pas désagréable. Qui a dit qu'il n'y avait que des handicapés sur Youtube ?)

Il y a dans cette façon qu'a Broken Note de faire de l'industriel sans en avoir l'air quelque chose qui me rappelle The DJ Producer, dont l'incroyable album "Doomsday Mechaniks" parvient lui aussi à ce point d'équilibre très précaire entre la dureté stridente des sons et l'ambiance prenante de la musique que crée leur assemblage -- d'ailleurs les ambiances elles-mêmes sont, pour moi, relativement proches, excepté que Producer officie dans le registre du hardcore alors qu'ici on est plutôt sur une base dubstep. Chez les deux, en tout cas, le même aspect me transcende : lorsque l'on parvient à poser son oreille et à traîner sa sensibilité au-delà de la rudesse des samples employés, on voit se dérouler tout un univers sonore, au charme discret mais à l'élégance racée.

Et en parlant d'élégance racée, voici la défouraille-song de l'album, "War in the Making". Tuerie.

(Dans le même genre, je vous parlerai de Sulphuric Saliva un de ces quatre matins.)



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