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samedi 29 octobre 2011

Ruby My Dear


"Notre vocation, c'est de découvrir, en chacune des personnes que nous rencontrons, la Beauté, qui parfois est cachée, mais il y a une Beauté. Et notre vocation, c'est de découvrir cette Beauté, et de la mettre en valeur, de la faire fleurir." Démarche finalement proche de celle de l'artiste, ou même de l'amateur d'art, qui fait fleurir en lui la beauté parfois difficile à appréhender d'une œuvre. Pour cette raison, ce sample entendu dans la track "Vocation" de Ruby My Dear est autant une invitation à donner un nouvel éclairage à nos existences qu'une parfaite introduction à cet article, car la musique de ce jeune artiste français cache des trésors d'émotion, voire de douceur, sous une frénésie de beats hachés qui rend cette douceur difficile d'accès.

En 2010, sorti de nulle part, "La Mort Du Colibri" est déjà un grand EP. Certains vont hurler à la parodie de Venetian Snares, et ils auront à la fois raison et tort, parce que le spectre d'Aaron Funk est clairement présent dans la musique de Ruby My Dear -- plus que dans une grande partie de la production breakcore mondiale -- mais que la folie qui s'y développe n'est pas la même. Dès le début de l'EP, la track "If I Give My Heart", hachée, mélodique, glitchy, jazzy, rappée, surréaliste, pousse le délire breakcore/fouillis/multi-influences dans ses retranchements et apporte une mélodicité et un souffle d'air frais qui tendent à manquer au style. Les trois titres suivants continuent dans le brassage extrême, évoquant autant les symphonies artificiellement salies d'un Lingouf que la tambouille dada-core d'un Clotaire 1er, sautant avec une douceur étrange du beat hardcore sale au break langoureux et mélodique ("Fix Ii"), hésitant entre une hystérie presque bipolaire ("Where's the Music") et des envies d'ambiant post-romantique (le sublime début de "Vocation", qui ouvre ensuite sur un déluge breakcore tout simplement délicieux) et construisant une ambiance inouïe sans jamais nous laisser de point d'attache.

"If I Give My Heart", une incroyable entrée en matière.

La même année, "Midnight Twist" sort sur le label Peace Off, du Rennais Rotator. Il s'ouvre sur "Dahomey Dance", plus "carrée" que l'EP précédent mais sans non plus jouer dans le racoleur, et se permettant une fin hardcore sale, industrielle, violente... qui est ensuite contre-balancée par "Vocation", reprise directement de "La Mort Du Colibri", puis "Faya Bumbaka" et ses ambiances ragga (pour le compte presque trop proches de Venetian Snares en début de track, mais insérant ensuite une patte très particulière et une densité appétissante), et finalement "So What", plus de neuf minutes trente d'une odyssée expérimentale, un peu d'IDM par-ci, un peu de chants féminins par-là, foutraque mais jamais bordélique (ni jamais ennuyeuse ou longuette).

"Dahomey Dance", qui introduit "Midnight Twist" et conclut le suivant, "The Dreaming Tree".

Techniquement, tout est irréprochable : aucun son n'est "pas à sa place" alors que tous sont hors-contexte. Ruby My Dear est un petit magicien de la musique électronique désaxée, et "The Dreaming Tree", toujours la même année, vient le confirmer. Sa façon de poser ses ambiances (mélancolique et vibrante dans le titre "The Dreaming Tree", profonde et langoureuse dans "Ole" et ses inspirations IDM, vaporeuse dans la bien nommée "Slow Down") et de les faire évoluer tient presque du miracle ; la comparaison, trop facile, avec les caisses claires de Venise n'a plus de raison de tenir debout. Ruby My Dear explore, brisant les normes et les déjà-vus avec une facilité insolente, osant sortir du carcan breakcore pour nous emmener sur d'autres terres.

Machine Arbre qui rêve.

Que dire de ses deux EPs de l'année 2011, "Ginkgo" (sur le label Acroplane, qui nous a aussi offert entre autres le nouveau LP de Somatic Responses) et "Dada Twist" (encore sur Peace Off), qui ne sonne pas comme une redite partielle ou totale ? Difficile exercice que celui qui consiste à vouloir décrire l'évolution d'un artiste dont la musique est si riche...

Le premier de ces deux EPs vous offre du mid-tempo slammé sur son lit de néo-classique ("Mashed Rope"), du break grésillant et enragé virant au hardcore/gabber et ses copeaux de ragga ("Gherkin to Chlorine" et "Inek", deux ambiances différentes à partir des mêmes éléments), une évolution logique incorporant des éléments ambiants, des parties de chants hip-hop (notamment ce qui a l'air d'être le "Clap your hands, everybody" de "The Breaks" de Kurtis Blow) et des basses vrombissantes ("Esik Iclik"), et retombe tout en douceur (hrem) avec un excellentissime mélange de breakbeat et de musique classique que je vous interdis de comparer avec "Rossz Csillag..." tant la façon de faire est différente :

"7C0". No comparison to VS, guys. I'm seriously, guys.

Le second brasse une palette d'influences plus large et la met au service d'une musique globalement plus enjouée : extraits de dub, de saxophones jazzy, de chants soul et classique venant apaiser partiellement la longue "Gjalle-Zog" ; longue fin perdue entre l'IDM et le smooth-jazz pour la belle "AL Stro-Bel" ; superbes nappes ambiantes en fond de la mid-tempo "Hello Auggie" ; et un mélange de quasiment toutes les influences déjà citées dans cet article pour le point d'orgue totalement déjanté "Blue" et son "diggity dum" à forte teneur lolesque.

Bonjour, Auguste ! (Euh, quoi ?)

Ce qui ressort encore de ces deux fois ving-cinq minutes, c'est une maturation flagrante, une ouverture musicale de plus en plus grande, et deux nouvelles preuves qu'il n'y a rien à jeter dans la production du prolifique Ruby My Dear dont les ambiances se démarquent toujours plus de celles de ses prédécesseurs. Mais où s'arrêtera-t-il ?..



MySpace : http://www.myspace.com/dearmyruby

Facebook : http://fr-fr.facebook.com/pages/Ruby-My-Dear/274747137274

4 commentaires:

Pyro a dit…

MAIS C'EST TROP BIEN !!!
grosse découverte, merci !

Modern Zeuhl a dit…

A ton service !

Pierrec a dit…

Encore une bien chouette découverte (oui, j'explore...)

Modern Zeuhl a dit…

Mais explore donc, c'est tout à ton honneur !

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