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mardi 21 juin 2011

Interview Clotaire 1er


Après l'interview dans un placard peint en noir, le fond de couloir blanc cassé du backstage du Glazart me paraît incroyablement calme et lumineux. Autant dire que l'interview de Jeff, alias Clotaire 1er, se passe dans de bien meilleures conditions que celle de Matta, et c'est un jeune pas-tout-à-fait-trentenaire décontracté et bavard qui répond à mes questions avec le plus grand naturel du monde, assez loquace pour même répondre d'avance à des questions que je ne lui ai pas encore posées.

Et il a l'air moins fou au naturel que sur scène. Enfin, je crois.




Commençons par le début : quand est né Clotaire 1er ?

Je jouais dans un groupe rennais qui s'appelle Bonzini, comme les baby-foot, et dans ce groupe on avait tous des pseudos. Je jouais de la guitare et de la basse dans ce groupe sous le nom de Clotaire 1er. On a tourné autour de Rennes pendant deux ans, et le personnage de Clotaire 1er est né. Je faisais de l'électro à côté, et on m'a appelé un jour pour faire un set électro ; je n'avais pas de nom, mais je portais mon T-shirt Bonzini sur lequel était écrit Clotaire 1er. C'est parti de là. Ca remonte à deux ans et demi, grosso modo. Entre-temps, j'ai fait quelques pauses, il m'arrivait de faire mon truc dans mon coin.

Bonzini... On imagine bien à quoi ressemblaient les premières réunions de travail.

J'imagine qu'il y a des tonnes d'influences. Si je te parle de Venetian Snares...

Ouais, évidemment !

...d'Igorrr...

Evidemment aussi !

...de Mr Oizo, éventuellement ?

Pas trop. Je n'ai jamais écouté "Moustache", par exemple, alors que j'en entends pas mal parler. Je suis rennais, et j'étais à Rennes à une époque où il y avait pas mal de breakcore. J'adore Toecutter et des gens comme ça, j'ai joué à côté de ça de la guitare dans des groupes de musique bretonne, de la basse dans des groupes de funk, et j'ai fini par faire de la chanson française à la fac... Mais le breakcore, c'est pas mal aussi ! J'ai beaucoup suivi Rotator, les soirées organisées par le label Peace Off, au Jardin Moderne notamment, et quelques bars plutôt noise.

 Okay, that's nice, but tell me...
Y U NO LISTEN TO MOUSTACHE ?!!

Pourquoi Clotaire 1er ? Un des fils de Clovis s'appelle comme ça...

...c'est ça, et il est allé tuer toute sa famille pour devenir roi, neveux, cousines, grands-mères, oncles, pour être sûr d'être le dernier de la lignée. Et vu qu'il était le dernier, personne ne pouvait prendre la relève et être légitime, donc on ne pouvait pas le tuer. Je n'ai pas choisi le pseudo pour ça au départ, mais c'est venu de fil en aiguille !

Lequel a l'air le plus sympa, selon vous ? (Question ouverte.)

Tu qualifies ta musique d'électro-drunkcore 64-bit. Alors, pourquoi Drunkcore, déjà ? Est-ce que tu es ivre quand tu composes, ou bien ce sont les gens qui ont intérêt à venir bourrés à tes concerts ?

Au tout début, Clotaire était un schmilblick énorme, donc je me disais qu'il fallait vraiment être bourré pour écouter ça. Par contre, pour composer, bon, j'ai déjà composé des morceaux en lendemain de cuite, mais je ne suis pas persuadé de les avoir gardé pour mes sets. Il y a quand même les influences de la teuf, et avec le collectif de La Mangouste, c'est ce qu'on prône : des fêtes dans tous les sens, un gros mélange de musiques, tu bois un coup et t'y vas !

Et le 64-bit ?

C'était un hommage au 8-bit, qui était fréquent à l'époque, c'était un gros buzz, et je m'étais dit : pourquoi ne pas passer au stade supérieur ? J'aurais pu passer par 16 ou 32 bits, mais non, j'ai sauté directement à 64.

(*rit sous cape*)

Comment composes-tu ? On a l'impression, sur certaines chansons, que tu reprends un son déjà existant et que tu fais une sorte de remix, tandis que sur d'autres, on ne sait pas trop d'où la track part.

Je séquence sur Ableton Live, avec pas mal de logiciels Native Instruments (synthés, batterie, distortions), et pour ce qui est des samples... Ce n'est jamais vraiment calculé. Certains morceaux vont très bien marcher, parce que deux samples vont aller super-bien ensemble sans que tu ne saches vraiment pourquoi... Ensuite, je vais piocher un sample donné parce que je veux créer une ambiance particulière sur un passage... Au final, je peux mettre entre une heure et un mois pour créer un morceau ; je laisse souvent des trucs de côté pour m'en resservir plus tard. Combien de fois je me suis dit, en soirée, "ce qu'on entend, ça irait super-bien avec tel autre truc !" Et je fais chier tout le monde pour savoir ce qui est en train de passer. On avait décidé, avec La Mangouste, qu'on sortirait un EP, alors on a regardé, Benjamin et moi, quels morceaux on pouvait combiner. Il en manquait quelques-uns, j'ai composé notamment "Exit 64 bits music" pour l'occasion, à partir d'une batterie faite sur Native Instruments, parce que je voulais faire quelque chose de jazzy, mais je ne savais pas trop comment. Au final, j'ai rajouté un sample de dubstep un peu traficoté, une mélodie de piano passée à l'envers, et hop ! Ca demande de retravailler les sons un par un pour qu'ils sonnent tous ensemble, donc c'est un gros travail de fourmi.

"Prendre des p'tits bouts d'trucs et puis les assembler ensemble."

Du coup, on sent bien tes influences ; "Exit 64 bit music" est bâti sur du Excision, par exemple...

Ouais, je pourrais limite écrire que c'est un remix d'Excision, parce que j'ai repris toute la partie basse telle quelle, mais... Je ne sais pas à quel moment ça devient un remix. En tout cas, je ne l'ai pas pensé comme un remix d'Excision. Sur certains morceaux, la basse va très bien se faire avec des Reaktor et des outils comme ça, mais si tu tombes sur un morceau dont la basse est déjà nickel, pourquoi se faire chier ? C'est du breakcore, tu repiques comme tu veux ! Les fans d'Excision vont reconnaître, et c'est tout à leur honneur, mais mon but est vraiment de faire un set qui me fasse marrer, et un peu différent de ce qui se fait déjà...

Comment est née la collaboration avec La Mangouste ?

On est une bande de Rennes depuis dix ans, on a fait nos études ensemble, on a fait de grosses teufs ensemble dans des squats rennais, La Villa, L'Elaboratoire, Le Château dans lequel Venetian Snares, notamment, avait joué à l'époque. Certains sont arrivés à Paris l'année dernière et ont monté l'asso La Mangouste dans l'idée de faire des concerts. Je suis arrivé à Paris cette année pour mon taf et ça a relancé la machine. On est sept Rennais qui débarquent à Paris, avec la même idée de faire des teufs jusqu'à midi. Et je cherche un label, si quelqu'un veut de moi !

Nudge nudge, wink wink, say no more !

As-tu beaucoup de compos à côté de "Galactic Yoyoyo" ?

D'ici le mois de juillet, un label de Portland va sortir une compil dancecore, et il m'a demandé un morceau. A côté de ça, des Australiens, la bande de Toecutter, DJ Rainbow Ejaculation et les autres, font une compil breakcore autour du morceau "We Are The World", et j'ai eu la chance d'être contacté. J'ai aussi une palanquée de morceaux dancecore et breakcore à côté de ça. Ce soir, j'envoie aussi des morceaux qui ne sont pas de moi, mais j'aurais largement de quoi faire une heure de live. Si les gens étaient vraiment là pour m'écouter, je ne jouerais que ma zik, mais à sept heures du matin, les gens s'en foutent que les morceaux soient de moi ou pas, je veux juste les faire danser avec des trucs que j'aime et les mixer proprement.

C'est pas le pied de jouer avec des Igorrr ou des Cardopusher ?

Ah si, c'est un truc de fou ! J'avais déjà vu Cardopusher en 2006 à l'Antipode de Rennes, et pour moi il venait de sortir l'album de l'année. Dès qu'on a su qu'on allait faire une soirée Mangouste, on a contacté des artistes breakcore que je trouvais excellents, mais vu qu'il était parti sur un set complètement différent, on s'est demandé si on allait quand même le prendre. On a pris le risque, et je n'ai pas été déçu. Et ravi de jouer avec lui !

Thanks, dude.

Quels sont exactement tes rapports avec le porno ? Parce qu'à entendre "Houlala" ou "Dundee Apocalypse Clash"...

Je ne suis pas adepte du tout, mais niveau sample, je trouve que ça envoie du pâté. Ca me fait juste marrer ! En même temps, j'ai envie d'arriver encore plus loin dans la diversité des sons. J'ai des milliers de CD de musique breizh que personne ne veut écouter en soirée, mais je pourrais aussi te foutre les Pascals, un groupe japonais que j'écoute à bloc en ce moment... J'aimerais continuer dans la même lignée que maintenant, mais en tapant encore plus large.



Sur ces quelques pots d'avenir, Jeff m'abandonne cruellement pour préparer son set. Et vu la gueule dudit set, je le pardonne volontiers...

Vous pouvez aussi écouter tout son album sur Grooveshark, sur Soundcloud, et d'autres... et toujours le télécharger sur le site de La Mangouste.

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