Il y a tellement de choses à dire sur le dernier Whourkr (sorti le 14 mai 2012). En tout cas, dès le premier contact, il m'a vendu du rêve.
D'une part, commençons par le commencement : Whourkr est un projet auquel Gautier Serre, alias Igorrr, est le seul contributeur permanent. "4247 Snare Drums" est le troisième album de ce projet, en collaboration avec ce taré de Mulk, tandis que le premier album, "Naät", a été créé avec Öxxö Xööx et le second, "Concrete", avec -i snor. Öxxö Xööx a cependant participé à "Ostina" et "Arithmetic Punishment", deux des tracks de ce dernier album.
Trepalium, ou tripalium, n.m., du latin "tripalis" signifiant "qui a trois pieux/échalas". Instrument de torture, notamment utilisé par les Romains de l'Antiquité pour punir les esclaves rebelles, composé de trois pieux, l'un vertical planté dans le sol, les deux autres disposés en croix servant à garder écartés les membres liés de la victime afin de pouvoir la piquer, l'éviscérer ou la brûler. Racine du mot français "travail".
Ça met dans l'ambiance, pas vrai ?
Quand un groupe utilise ce nom, on se dit que ça ne va pas être particulièrement gai. Et pourtant, Trepalium, groupe français formé en 2001 aux alentours de Poitiers, est un combo qui s'est distingué par une approche très groovy du death-metal, sortant du carcan habituel "double pédale et blast en continu" que des groupes fondateurs comme Cannibal Corpse ou Morbid Angel ont toujours entretenu (ou auraient mieux fait de continuer à entretenir, mais c'est une autre histoire). Une énergie finalement très chaleureuse, parfois à l'encontre même de l'esprit de certaines chansons, comme la track "Usual Crap" dont les paroles, très sombres, contrastent avec l'aspect rythmé quasiment festif.
Et accessoirement, ils sont énormissimes sur scène.
Amour, paix, douceur (violer des cadavres), joie de vivre. Dans nos sociétés modernes par trop bridées et survoltées, dans lesquelles les spectres de la répression et de la nervosité semblent nous hanter en permanence, on oublie trop souvent de s'arrêter, ne serait-ce que quelques minutes, pour savourer (souffrance éternelle) la magie du Monde, l'incroyable force primale de la Nature, la nouveauté perpétuelle qui émerge de chaque chose animée ou inanimée (éviscération). La beauté est tout autour de nous, reflet de notre propre beauté intérieure, et apportant avec elle la joie simple (allez tous vous faire enculer) et indicible qui nous ramène à notre humilité et à notre (autodestruction inexorable) sérénité intouchable, ce moi inamovible qui continue de (démembrer) rayonner sa sagesse tandis qu'en surface nous tentons de remonter à contre-courant (triste humanité) le flot perpétuel de l'Existence.
Un groupe repéré par Meshuggah ne peut pas être foncièrement mauvais, n'est-ce pas ? Et il n'y a pas que Meshuggah qui a misé sur eux, puisque The Faceless a pu être vu en concert dès 2006 en première partie de groupes comme Nile, Necrophagist ou The Black Dahlia Murder. Le groupe n'avait alors que deux ans d'existence, et leur premier album "Akeldama" venait tout juste de sortir. Un album qui les a immédiatement fait sortir du lot des groupes de death technique, pour tout un tas de raisons.
Une nuit trop courte, un hangover cruel : la journée ne s'annonce pas particulièrement tendre avec moi. La bonne nouvelle, c'est cet enchaînement Klone-Gorod que j'attends avec la plus grande impatience (une autre bonne nouvelle viendra plus tard, en courant de soirée… rendez-vous après-demain pour en savoir plus) ; la mauvaise, c'est que mon estomac fragilisé a décidé de m'interdire l'ingestion d'alcool, et dans une journée lors de laquelle est prévue par l'orga du festival une "pause bières" de deux heures, c'est quand même un sévère bad beat. Inutile de dire que la viande soûle va s'amonceler en début de soirée ; c'est un aspect que je laisserai volontairement de côté ici…
J'ai appris en festival que le porc à la bière n'a pas toujours aussi fière allure. (Pure provocation. Haters gonna hate.)
Vingt-sept ans de carrière déjà pour Sepultura, un des groupes emblématiques du metal, qui a eu l'audace de mélanger death-metal, thrash et musiques tribales. Arise (1991), dernier album avant le virage tribal du groupe, puis Roots (1996), sont deux albums au statut d'objets cultes, inventifs et techniquement irréprochables. Le départ de Max Cavalera, frontman et figure de proue du groupe (avec son frère Igor, batteur jusqu'en 2006), a laissé les fans de la première heure désemparés et amers ; Soulfly, formé par Max Cavalera dès son départ de Sepultura, n'a jamais véritablement atteint la qualité d'un "Roots", et le nouveau Sepultura a été dénigré par une grande partie du public metal, d'autant qu'il a débuté avec les albums "Against" (1998) et "Nation" (2001) qui sont tout sauf des chefs-d'œuvre. Pas facile pour le Sepultura du XXI° siècle de réussir à trouver sa place, violemment attaqué par les nostalgiques de l'ancien temps qui se sont empressé de cracher sur Derrick Green, le nouveau chanteur.
S'ils avaient été face à lui, ils n'auraient sans doute pas osé.
Quand on lui demande qui est Schönberg, Google nous renvoie Béatrice, notre présentatrice-vedette de la télé-poubelle du service public avec sa bouche à l'envers, mais aussi Arnold, compositeur d'origine autrichienne ayant officié lors de la première moitié du XXe siècle. Sa grande influence sur la musique classique de ce siècle est mise en exergue dans l'article Wikipedia par de superbes phrases comme celle-ci :
Recherchant de plus en plus le systématisme de la construction musicale dans l'esprit du classicisme du XVIIIe siècle tel que synthétisé par Johannes Brahms, mais dans une expression moderne — il s'agit donc d'une double transcendance de l'esprit bacho-mozartien, car c'est finalement dans le « conservateur » Brahms que Schönberg reconnaît le véritable novateur — il inaugure en 1923 une technique de composition fondée sur la notion de série qui le place à l’avant-garde du mouvement musical.
Cinq minutes après le début de ma première écoute, je me dis : "Non, pas possible, c'est une blague. J'ai téléchargé un fake." A ma décharge, une heure avant, j'étais tombé sur un album des Jackson Five en lieu et place de Morbid Angel. Je crois que mon ordinateur ne s'en est pas encore remis, moi qui l'avais habitué à "d'autres genres de sonorités"...
Morbid Angel, ce sont les papas du death metal, quand même. "Blessed Are The Sick" (1991), "Covenant" (1993), "Formulas Fatal to the Flesh" (1998) sont des opus qui ont défini de nouveaux standards dans le style, et "Gateways to Annihilation" (2000) est sans hésitation mon préféré de tous, et (pour moi) un des plus grands albums de death-metal de tous les temps. "Heretic" (2003) avait déjà quelque peu ramolli le groupe : compositions moins inspirées, plus "formelles", et un album se terminant par deux solos, démonstrations techniques aussi inutiles que ridicules (d'autant que le solo de guitare est en fait celui de "Secured Limitations" sur leur précédent opus). Le groupe avait beaucoup chuté dans mon estime à l'époque...
Sérieusement, finir un album par un solo de guitare tiré de l'album précédent, c'est pas du foutage de gueule ?
Combien de fois faudra-t'il te le dire, petit lecteur idiot, avorton trichromosomique, enfumé du cortex ? La France a dans le metal le bleu qui manque à son décor. Je vous en ai balancé, des groupes français qui décollent la cervelle, bande de mous de veaux sur pattes, et je vous jure que je ne vais pas m'arrêter là : celui qui est l'objet de cette chronique a sans doute plus marqué ma jeunesse que l'amour illuminé que je vouais à la sœur de leur chanteur, qui était dans ma classe à l'époque -- ô douloureuse année de terminale -- et qui, à défaut d'avoir répondu présent à l'appel de mes hormones, m'a offert des skeuds du groupe de son frangin, dont j'étais déjà fan bien avant de me rendre compte que, décidément, le monde est petit. Pierrick Valence, chanteur nouvellement recruté (à l'époque) dans le groupe nancéen Scarve, frère de la belle Stéphanie avec qui je partageais mes amours guitaristiques dans la cour d'un lycée des Bouches-du-Rhône.
Non, je déconne. On avait un minimum de goût, même pour des lycéens.
Bref. Parlons un peu musique, pour changer. Parlons de ce groupe génial, formé en 1994 par le batteur hallucinant Dirk Verbeuren et le guitariste non moins talentueux, bien que moins connu, Patrick Martin.
Septicflesh live. On s'attend déjà à une grand-messe sombre et prenante, de celles dont on ne ressort pas indemne, à s'étonner que le soleil se lève encore le lendemain matin. Le groupe a invité des amis pour sa tournée : W.E.B et Valet Parn, deux autres groupes athéniens, sont sur toutes les dates (d'ailleurs, le cousin d'un membre de Septicflesh joue dans Valet Parn). Seul au milieu des non-francophones (bien que le batteur de Septicflesh bredouille quelques mots), le groupe niçois Svart Crown compense en buvant plus et plus souvent que les autres, d'après une source sûre : le frontman de W.E.B, qui a confirmé l'info en direct depuis la bulle radio de la salle.
Que ce soit clair tout de suite : Septic Flesh et Septicflesh sont en fait les formes passée et actuelle (je vous jure qu'il n'y a aucune faute ou coquille dans ce que vous venez de lire) du même groupe. Le groupe de death/black/gothique Septic Flesh, formé en 1990, a sorti de très belles choses. "Ophidian Wheel" (1997) ou "Revolution DNA" (1999), par exemple, sont de très bons disques, et un véritable style Septic Flesh, reconnaissable entre mille, a vu le jour.
Il y a un génie dont il est temps de parler ici. Bordel, je m'évertue à dénicher des artistes inventifs, dont la musique regorge d'émotions puissantes et prenantes, mais un des plus extraordinairement inspirés m'a échappé jusqu'ici alors qu'il a toujours été juste devant mes yeux. Pendant tout ce temps, j'ai continué à suivre son actualité, à écouter sa musique, à chantonner certaines de ses mélodies, sans même me dire "il faut que j'en parle". Je voudrais presque m'excuser auprès de lui, bien qu'il ne me lise, selon toute probabilité, jamais ; et, une fois n'est pas coutume, je vais séparer ma chronique en parties pour plus de clarté. La discographie de ce petit génie est si immense et variée que cette mesure est presque indispensable. Mesdames et Messieurs, ce long article est consacré à Monsieur Devin Townsend.
On peut gagner le statut de groupe culte avec seulement deux albums, éloignés de quinze ans l'un de l'autre. Savant mélange de talent véritable, d'une petite réputation préalable et (sans doute dans une certaine mesure) de chance, la renommée de Cynic est à la fois singulière et largement méritée.
Jeune groupe Rouennais découvert en concert, les death/indus-metalleux de Noein ont deux qualités énormes. Primo, leur musique est excellente (l'EP "The Initial Tale" passe très souvent sur ma platine). Secundo, ils ont une scène une pêche phénoménale. Voulant en savoir plus, je les ai invités chez moi pour leur poser quelques questions. Trois d'entre eux sont venus : la chanteuse Jenni, et les deux guitaristes Adrien et Nico, et nous avons parlé du groupe autour de quelques 1664. Voici ce qui est ressorti de plus d'une heure de discussion, entre deux fous rires et au milieu de tout un tas de blagues d'un goût douteux.
Détracteurs extrémistes de la musique de presse hydraulique et des guitares acérées, passez votre chemin. Les autres, sortez vos enceintes, augmentez le niveau de basses, ça va cracher. Mais d'abord, un peu d'histoire (si vous vous en fichez, sautez directement à la fin de l'article pour écouter "Katuvolcus", la plus représentative et significative de cet article).
Il paraîtrait qu'aujourd'hui se déroule une sorte de festivité hypocrite consistant, soit à dérouler devant le soi-disant élu de son coeur le tapis rouge de preuves d'amour élaborées et de marques d'attention fallacieuses, soit à pleurnicher idiotement sur son célibat en jalousant les roucoulades putassières des amoureux z'et -reuses transi(e)s qui se bavent dessus benoîtement derrière les vitrines des restaurants attrape-couillons.
Cela fait tellement longtemps que cet album me pourrit les oreilles qu'il m'a motivé à créer une petite catégorie de chroniques : la catégorie "album en mousse". Je n'irai pas jusqu'à dire que ceux qui aiment Krabathor ont de la merde dans les oreilles, non pas par respect pour le manque de bon goût, mais parce que je crains les représailles armées. Néanmoins, une petite remise dans le contexte s'impose.
En ayant déjà parlé plusieurs fois, il est décidément temps que je vous présente ce groupe, qui ne fait pas vraiment dans la dentelle... Eloignez vos mamies fragiles et vos animaux de compagnie (quoiqu'il y a, à ma connaissance, des chats qui parviennent à faire la sieste dessus, mais ces bestioles sont décidément bien étranges), baissez les lumières, et bienvenue dans le monde sombre et enragé de The Amenta.
Enfin un groupe de death-metal sur ce blog ! Non pas que je sois vraiment un grand fan de death, mais je dois reconnaître que certains groupes ont bercé mes années de lycée à coups de grunts épais (Morbid Angel en tête de liste) et que d'autres restent dans mes grandes amours du metal (particulièrement Nile, dont les ambiances arabisantes m'emportent toujours avec autant de facilité, et quelques hybrides comme The Faceless, War from a Harlot's Mouth ou The Amenta).
"Putain, qu'est-ce que ça déboîte !" Oui, bien sûr, je suis conscient que cette simple phrase ne constitue pas une chronique à part entière, et je m'attends à ce que vous me demandiez de développer quelque peu. Sachez que je vous trouve un peu durs, sur ce coup-là, mais je vais m'y attaquer.
Gojira est un groupe français, eh oui, encore un, né dans les Landes en 1996. Leurs débuts, sous le nom de Godzilla, est un son death-metal aux influences Metallica qui, le plus honnêtement du monde, ne casse pas trois pattes à un canard, mais semble prometteur. Le label Gabriel Editions ne s'y trompe pas, et le premier véritable album de... oh, attendez. Gabriel Editions est un label made in Goj', sur lequel sont sortis tous leurs albums, ainsi que l'unique album d'Empalot, projet parallèle plus bon-enfant du chanteur Joe Duplantier et de son frère Mario. Beh oui, c'est aussi la force de Gojira : c'est un projet "familial". Le groupe part des frères Duplantier, les deux dernières pochettes d'album sont de Mario, les clips sont réalisés par un Duplantier (Alain de son prénom, réalisateur et photographe, dont vous avez sans doute vu quelques publicités pour Citroën ou Carte Noire pour lesquelles il a été chef opérateur), l'actrice récurrente des clips est une Duplantier (Gabrielle, photographe, modèle photo et écrivaine "à ses heures perdues")...
Le premier album de Gojira, donc, "Terra Incognita", sorti en 2001, est un album qui entame à lui tout seul une mini-révolution, confirmée deux ans plus tard par son successeur direct "The Link" , car, en triturant les codes du genre, le groupe parvient à lui instiller une énergie d'une positivité, voire d'une spiritualité, inédite dans le genre (la rythmique hypnotique de "Blow Me Away You (Niverse)", l'ambiance posée par les backing vocals de "Embrace the World", etc.), tout en atténuant la noirceur du death-metal au profit de son côté pachydermique, dense et profondément irrésistible, presque tribal ("Love", "Indians", et presque toutes les autres).
Le clip de "Love", tirée de l'album "The Link".
Les paroles elles-mêmes sont bien plus proches d'écrits mystiques que des histoires de tripaille chères à la plupart des groupes de death-metal -- Cannibal Corpse et Yattering en tête. Introspection, rapport à l'individu et au soi, respect de la mère Nature, circulation des énergies vitales, compréhension et acceptation de la mort... Loin de hurler bêtement des paroles écrites à la va-vite ou de s'enrager basiquement derrière un micro, Joe Duplantier nous parle de l'esprit et de ses circonvolutions, de l'Âme et de la liberté totale, de notre place sur Terre et dans l'Univers -- et cet aspect fondamental de Gojira, cette spiritualité sous-jacente, est en filigrane dans l'ensemble de leur musique. Elle explose même dans certains passages qui nous subtilisent par surprise et nous portent au-dessus de nos errances humaines (la fin de "Inward Movement", par exemple).
Le troisième album, et avant-dernier en date, "From Mars to Sirius", pousse encore plus loin cette mystique musicale. Là où les deux premiers se posaient encore des questions et souffraient encore d'en chercher les réponses ("Against our will, wisdom comes"), celui-ci s'ouvre sur une nouvelle dimension de l'Humain, où les questions n'ont plus lieu d'être, où l'Homme revient à sa force fondamentale ("Backbone", "The Heaviest Matter of the Universe"). La puissance évocatrice de la musique seule est un souffle d'air frais, chassant les idées noires et les sous-produits de notre marasme intellectuel ; un vent de libération balaie ce pessimisme au ras des pâquerettes, au sujet duquel notre esprit nous souffle fallacieusement qu'il est un réalisme appuyé, pour nous montrer une autre voie, un autre regard sur le monde et sur nous-mêmes.
Le clip de "To Sirius", tirée bien sûr de l'album "From Mars to Sirius"
Après une telle déferlante de lumière, il était dur de s'attendre à une véritable et intégrale réussite pour leur album suivant. "The Way of All Flesh", longuement attendu (en Europe, mais aussi aux Etats-Unis où les albums de Gojira étaient enfin distribués), est venu pour prouver, s'il en était encore besoin, l'incroyable inspiration et l'inhabituelle capacité de renouveau du groupe. La musique est plus sombre, plus ambiguë ; l'âme est tiraillée entre la lumière cristalline que la Foi lui apporte, qui était le centre même de "From Mars to Sirius", et les ténèbres opaques de l'impermanence et de la Mort. Les compositions sont au coeur du conflit, ballottées au gré de la tempête ("All the Tears" et son superbe vidéo-clip), quelque part entre l'angoisse fondamentale d'être mortel ("Vacuity") et la croyance inébranlable en une éternité et une force implacable de l'âme ("Esoteric Surgery").
Le clip de "Vacuity", sur "The Way of All Flesh". Le ton change, en effet...
Les amoureux inconsolables de l'énergie très tribale des débuts sont encore plus attristés par cet album que par le précédent ; les autres suivent de bon coeur cette nouvelle étape du voyage, chargée de sombre évolution, vibrante, durement ésotérique, rencontre du yin et du yang, de la désespérance et de la foi, écho condensé et intensifié de nos frustrations et de nos rêves.