La drum'n'bass a encore des choses à offrir et des dérouillées à envoyer en plein dans nos gueules. Oui, je sais, je spoile un peu sur la suite de la chronique, mais en même temps, vu que c'est un "album en or", vous vous doutiez bien que j'allais l'encenser, à moins que vous fassiez partie de cette sous-espèce humaine chez qui le quotient intellectuel ne frôle qu'occasionnellement le chiffre de la température anale, comme disait le poète cancéreux qui s'amusait à manger du crabe dans les grands restaurants pour le plaisir de pouvoir clamer "un partout".
En 2007, à la sortie du mini-album "Coronation of a Cursed King", l'artiste breakcore londonien Techdiff avait déjà eu droit à quelques critiques élogieuses, l'annonçant comme "un artiste Venetian Snares-like qui ira loin". S'en sont suivies de trop longues années d'absence partielle, une participation à une compilation par-ci (dont la joliment nommée "Girls <3 Breakcore"), une collaboration avec Rotator par-là... Il faut attendre fin 2011 pour avoir droit, sur le label de Rotator d'ailleurs -- l'excellent label Peace Off à qui l'on doit également deux EPs du grandiose Ruby My Dear -- à un album de quarante minutes, "The Black Dog Released".
"Notre vocation, c'est de découvrir, en chacune des personnes que nous rencontrons, la Beauté, qui parfois est cachée, mais il y a une Beauté. Et notre vocation, c'est de découvrir cette Beauté, et de la mettre en valeur, de la faire fleurir." Démarche finalement proche de celle de l'artiste, ou même de l'amateur d'art, qui fait fleurir en lui la beauté parfois difficile à appréhender d'une œuvre. Pour cette raison, ce sample entendu dans la track "Vocation" de Ruby My Dear est autant une invitation à donner un nouvel éclairage à nos existences qu'une parfaite introduction à cet article, car la musique de ce jeune artiste français cache des trésors d'émotion, voire de douceur, sous une frénésie de beats hachés qui rend cette douceur difficile d'accès.
Découvert au Noxious Art Festival. Pas aimé. Trop carré, trop grésillant pour-le-plaisir-du-hardcore-sale, pas dans l'ambiance, raté le flow. Mais comme un simple live ne veut pas dire grand-chose, j'ai laissé une chance à Lingouf, et après l'écoute de quelques gros sons pas déplaisants, je me suis lancé corps et âme dans l'écoute de son dernier opus "Doème", sorti en cet an de grâce 2011 sur l'excellent label industriel allemand Ant-Zen. Ce qui m'attendait dans cet album, c'était une énorme surprise, une richesse musicale que je n'aurais pas pu imaginer, des ambiances saisissantes, et une des découvertes les plus puissantes de mon année.
Vous m'avez déjà beaucoup entendu me plaindre du manque d'originalité dans le milieu de la dubstep, de la façon dont des milliers de jeunes artistes restent trop soudés à leurs influences (Excision en tête), et du souffle d'air bienfaisant qu'amènent certains petits prodiges à l'éclectisme salvateur comme Matta, Broken Note, Niveau Zero ou l'ami Brainpain. 2methylbulbe1ol fait partie de ces producers qui visent large, brassant dubstep, drum'n'bass, IDM et ambiant (avec quelques petites touches de hip-hop toujours bien placées) dans un même univers riche et envoûtant.
La preuve en musique ! ("Infected", sortie sur Ruff.)
Soulevé et ravi (on frôle le pléonasme, non ?) par sa prestation au Noxious Art Festival de cette année, je lui ai sauté dessus dès la fin de son set pour qu'il réponde à quelques-unes de mes questions... un exercice auquel le timide mais loquace Nico s'est livré avec entrain, me dévoilant des aspects de son projet plutôt surprenants. 2methyl, ou quand un fan de rock devient "par accident" un des producers d'électro les plus séduisants du moment grâce à la recherche infructueuse d'un batteur pour un projet grindcore.
"You are invited to witness a shattering adventure in total fright." Cette phrase, qui sert d'introduction à la chanson "Do It!", est un résumé parfait de l'intention qu'annonce Wormskull avec son premier album "Sound of Hell". Là où d'autres aimeraient nous coller la trique, nous faire bouger la tête dans tous les sens, ou juste, sans prétention, nous faire passer un simple bon moment, le trio/quatuor veut nous faire chier dans nos frocs. Pour cela, ils ont décidé de tirer le mélange metal industriel/électro vers ses extrêmes, pour créer ce qu'ils appellent de l'anarcho-rasta-crunk-punkstep (j'ai moi-même rajouté les traits d'union pour votre commodité de lecture, vous devriez me remercier).
Après l'interview dans un placard peint en noir, le fond de couloir blanc cassé du backstage du Glazart me paraît incroyablement calme et lumineux. Autant dire que l'interview de Jeff, alias Clotaire 1er, se passe dans de bien meilleures conditions que celle de Matta, et c'est un jeune pas-tout-à-fait-trentenaire décontracté et bavard qui répond à mes questions avec le plus grand naturel du monde, assez loquace pour même répondre d'avance à des questions que je ne lui ai pas encore posées.
Et il a l'air moins fou au naturel que sur scène. Enfin, je crois.
Bonjour l'affiche qui fait baver : en plus des trois petits choux sur lesquels je me suis longuement étalé dans ces pages, et ne voyez pas d'allusion déplacée là où il n'y en a pas, merci d'avance (je parle bien sûr d'Igorrr, Matta et Niveau Zero), cette soirée alléchait encore avec le duo Balkansky/Loop Stepwalker, rencontre explosive d'un dubstepper espagnol et d'un drum'n'bassien bulgare, dont le récent EP "Fraktals" est une petite bombe ambitieuse et glitchy à ne pas faire cracher dans toutes les oreilles, et la présence derrière les platines de Nicolas Chevreux, monsieur le chef d'Ad Noiseam, qui, à en croire son éclectisme musical et ses goûts de derrière les fagots, allait probablement conclure la soirée par un mégamix corrosif de ses petits chouchous d'artistes maison.
Vous allez dire que je me répète, mais... TMTC, si si.
"Prendre des p'tits bouts de trucs et puis les assembler ensemble", comme qu'ils disent, les autres fêlés de Stupeflip. Cette menuiserie étrange peut donner toutes sortes de résultats, des plus incroyables (le jazz-metal d'Ephel Duath ou le baroquecore d'Igorrr) aux plus foireux (le techno/screamo pour adolescentes mongoloïdes d'Attack Attack, voire même le death-Cher-électro-mathcore grand-guignol de Design the Skyline) en passant par ceux dont on ne sait juste pas quoi penser (ce qui est généralement bon signe, quelque part entre la brutalité de la découverte et le pressentiment du coup de foudre). Alors, quand quelqu'un parvient à bidouiller des morceaux de machins et des copeaux de bidules et à en faire un tout cohérent, entraînant, bien branlé et qui sent la sueur, ce serait du gâchis que de passer à côté.
Ceci est juste un petit article bonus pour un coup de coeur, qui tient probablement plus de l'exploit technique que de la musique elle-même. Reeps One est un Londonien qui pratique le human beatboxing depuis une quinzaine d'années, et en plus d'un placement rythmique et percussif irréprochable (écoutez par exemple "White Air" sur son MySpace), il a développé une façon de créer des basses dans sa gorge qui lui permettent notamment de faire de la dubstep. Si si, je vous jure. Voici une interview de lui : allez directement à 1:37 si vous ne comprenez pas l'anglais et/ou que vous n'avez pas la patience d'attendre une minute et demie avant de voir de quoi il est capable.
"They muammar ; promotion and everything is going through the evidence. W : probably going to move... W haven't yet but I don't know where it is (dot). One of the removed perimeter veterans have where current member of the everglades et cetera, one one one one one - Tulip, remember this : november fifteenth - bracket - but !" (Texte intégral.)
C'est pour ça que je voulais en parler. Tout est impressionnant dans ce qu'il fait. Absolument tout. Un grand beatboxer, mondialement reconnu -- et on sait pourquoi.
UPDATE 20/08/2011 : un "petit quelque chose" de lui datant de l'an dernier. Comment fait-il ?!
Krish, krish, klong, klong. C'est sensiblement tout ce qu'une majorité de béotiens dont l'inculture artistique salit l'Humanité parviennent à comprendre à la musique industrielle. Et, je le précise avant d'obtenir les pires réactions à ce troll aussi exagéré que second-degré, je les comprends. Il est vrai que ce n'est pas toujours évident de passer au-delà de l'aspect bruitiste qui nous saute à la gueule lors du premier contact, voire même carrément, comme cela a été le cas de votre humble serviteur zeuhlesque, d'apprécier ce bruit. Le fait que j'ai abandonné l'aspect le plus rugueux de l'industriel, tendant vers le noise des Unter Null ou Synapscape des débuts (par exemple), pour désormais m'accrocher tenacement à l'aspect harsh/mélodique de 5F-X, Iszoloscope, Sulphuric Saliva et autres, est sans doute rassurant quant à ma santé mentale (pas vrai, papa ? le pauvre, il déteste l'indus plus encore que le disco).
Une vingtaine d'albums, sensiblement autant d'EP et de minis. Non, je ne parle pas d'un bluesman noir décédé de la Motown, ni des deux premières années de carrière de Frank Zappa, mais d'Aaron Funk, alias Venetian Snares, trente-six ans cette année, un artiste qui a révolutionné un secteur entier de la musique électronique en recréant le breakbeat et le breakcore (et dont j'avais promis que je parlerais un jour).
Détracteurs extrémistes de la musique de presse hydraulique et des guitares acérées, passez votre chemin. Les autres, sortez vos enceintes, augmentez le niveau de basses, ça va cracher. Mais d'abord, un peu d'histoire (si vous vous en fichez, sautez directement à la fin de l'article pour écouter "Katuvolcus", la plus représentative et significative de cet article).
Le Roi Grr a daigné baisser les yeux sur ma modeste et larvesque personne, et a répondu avec classe et distinction au petit questionnaire que je lui ai fait parvenir, malgré son emploi du temps de ministre. (Ne me demandez pas à quel ministère il pourrait être affecté, je préfère ne pas imaginer.)
Encore un Aaron. Décidément… Ici, le Spectre s'inspire clairement du Funk : Aaron Spectre, jeune artiste américain officiant sous le nom de Drumcorps, compte clairement Venetian Snares, alias Aaron Funk, parmi ses influences principales. En même temps, comment ne pas s'inspirer de Venetian Snares quand on met du breakbeat dans ses compositions ? Ce n'est pas comme si ce mec avait révolutionné le genre, et continuait à l'enrichir, album après album (mais j'en parlerai plus longtemps dans une chronique sur lui… un jour -- EDIT : ayé !), mais bon, un peu quand même.
Représenté ci-dessus : un artiste qui a révolutionné la musique. Bon, le jour de la photo, il était pas en forme.
"Trop de notes, mon cher Maurice, trop de notes." Cette fameuse réplique, que le colonel Sanders adresse à Maurice Genevoix dans le biopic de Luc Besson dédié à Marie-Ange Nardi, me fournit une parfaite transition entre les articles sévèrement riffés qui précèdent et celui d'aujourd'hui, dédié à un artiste électronique, tout en prouvant une fois pour toutes -- s'il en était encore besoin -- l'immense étendoir de ma cultivation cinématique.
Le mélange des genres... J'en parlais déjà avec The Algorithm, dont le magma vrombissant de dubstep, metal, hip-hop, techno, et j'en passe, m'a saisi de là à là, voir figure 1. J'en parlais encore avec Ephel Duath, qui a su donner au rock et au metal ce qu'ils n'avaient pas osé emprunter au jazz, et avec Panzerballett, qui a fait la démarche inverse. J'en rajoutais une couche avec I Am Un Chien !!, qui a eu le talent de puiser "pile comme il faut" dans deux styles pleins de punch pour en créer un troisième, tout aussi énergique, et sans cesse renouvelé. En chipotant un peu, on pourrait aussi dire que My Own Private Alaska joue dans la cour des fusionnistes de tout poil, en hybridant le postcore et la musique classique, ce qui me fait atteindre un joli 67% de "musique impure" sur ce blog. Vous l'aurez compris : j'aime les mélanges, la nouveauté, la fraîcheur, la folie aussi un peu, je le confesse sans aucune honte.
Cet article fait partiellement écho à l'actualité, puisqu'il y a à peine une semaine sortait "Rubber", le troisième film de Quentin Dupieux, qui fait suite à l'inconnu "Non-Film" et au mésestimé "Steak". Un film que je recommanderais d'aller voir sans hésiter, pour son humour décalé et sa métacritique impitoyable de la création cinématographique et de lui-même.
Mais le propos n'est pas là : cette ouverture cinématographique prend son sens dans le contexte de ces pages lorsque l'on sait que Quentin Dupieux est le vrai nom de l'artiste électro Mr Oizo, ce qui explique d'ailleurs que les bandes originales de "Steak" et de "Rubber" sont cosignées par Mr Oizo (avec SebastiAn et Sébastien Tellier pour le premier, Gaspard Augé de Justice pour le second).